Ecrit Par Maglor — Les relations entre Washington et Rabat entrent dans une nouvelle phase, selon une analyse de l'Institut Elcano relayée le 17 octobre par la presse spécialisée. Au-delà du symbole, c'est l'équilibre des influences en Méditerranée occidentale, et particulièrement la place de l'Espagne, qui se trouve interrogé.
Un partenariat qui remonte à 1777
Le Maroc a été le premier pays à reconnaître l'indépendance américaine, en décembre 1777, et le traité de 1786 demeure le plus ancien traité américain encore en vigueur. Cette profondeur historique sert de socle à une relation devenue économiquement dense : l'accord de libre-échange signé en 2004 et entré en vigueur en 2006 a multiplié par plus de onze les exportations américaines vers le Maroc, tandis que les exportations marocaines vers les États-Unis ont quadruplé. En 2022, les États-Unis sont devenus la première source de nouveaux investissements étrangers au Maroc, avec environ 34 % du total.
Le dossier du Sahara au cœur de l'alignement
Sur le plan politique, la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara par Donald Trump en décembre 2020, dans le cadre des accords d'Abraham, a été suivie de déclarations successives : en avril 2025, Marco Rubio qualifiait l'autonomie sous souveraineté marocaine de « seule solution viable », et la position a été officiellement réaffirmée en août 2026. Dans le même mouvement, le Maroc avait rétabli ses relations diplomatiques avec Israël.
Ceuta et Melilla : une ligne rouge américaine
La crise survenue à Ceuta à la fin de juillet, avec l'entrée de plusieurs dizaines de milliers de Marocains, a fait ressurgir la question des deux villes. Si certaines voix aux États-Unis plaident pour une reconnaissance de la souveraineté marocaine, cette position ne reflète pas celle de la Maison-Blanche : le département d'État a affirmé soutenir « sans équivoque » la souveraineté espagnole. Le texte H.R. 8595, adopté par la Chambre des représentants le 15 juillet, ne reprend d'ailleurs pas les formulations ambiguës présentes dans le rapport de commission.
Ce que cela change pour l'Espagne et l'Europe
Selon l'analyse, le risque principal pour Madrid n'est pas d'être remplacé comme partenaire privilégié du Maroc, mais de perdre progressivement de l'influence sur l'agenda nord-africain de Washington. L'Espagne conserve des atouts : les bases de Rota et de Morón, son appartenance à l'OTAN et à l'Union européenne, et sa position géographique. L'auteur relève aussi une asymétrie : de nombreux cadres marocains ont été formés en Espagne, alors que la réciproque est bien moins répandue. Il recommande de renforcer la formation diplomatique, les compétences linguistiques et l'expertise sur le Maroc, ainsi que d'approfondir le dialogue avec Washington sur la sécurité du détroit.
La Chine, un acteur toujours présent
Le Maroc ne mise pas pour autant sur un partenaire unique : la Chine reste très présente dans l'automobile, les batteries et les minerais critiques, un équilibre que Rabat entretient depuis plusieurs années pour diversifier ses relations.
Une portée aussi pour la France
Pour la France, qui cherche à consolider son propre rapprochement avec Rabat, notamment à travers le traité d'amitié attendu, cette montée en puissance américaine rappelle que la concurrence d'influence au Maroc est désormais ouverte. Pour les Marocains de France, ces recompositions diplomatiques se traduisent concrètement par des opportunités économiques, mais aussi par des tensions potentielles entre partenaires du royaume.