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Maroc : "L'Appel d'Essaouira" pour renforcer la lutte mondiale contre le SIDA et le VIH

Le Cercle Eugène Delacroix a organisé une conférence à Essaouira au Maroc les 4 et 5 mars à l’occasion des  40 ans de lutte contre le sida. Cette manifestation a donné lieu à l' «Appel d’Essaouira» dans lequel les organisateurs et leurs soutiens plaident pour une riposte «juste» et «forte» face au VIH et l’augmentation des contributions au Fonds mondial afin de renforcer la lutte contre cette maladie.

Il y a 40 ans, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) décimait toute une génération en se propageant sur l’ensemble de la planète, et aujourd’hui le virus tue encore.

Pour la première fois depuis la création du Fonds mondial il y a 20 ans, la lutte contre le VIH/sida, a reculé en raison du Covid-19, avec des impacts dévastateurs qui pourraient se faire sentir à long terme. C’est dans ce contexte que le Cercle Eugène Delacroix a fait le choix de mobiliser plusieurs acteurs de la sante mondiale à Essaouira.

Ce grand rassemblement d’Essaouira organisé en partenariat avec la ville d’Essaouira et Bayt Dakira, avec le soutien de M. André Azoulay, Conseiller de sa Majesté Mohamed VI Roi du Maroc, président fondateur de l’association Essaouira Mogador, a été l’occasion de de mettre en lumière les actions de lutte mises en œuvre au Maroc et en France pour mettre fin à  la propagation du VIH.

 

En savoir plus

APPEL D’ESSAOUIRA

Pour une riposte juste et forte face au VIH/sida : ne pas baisser la garde !

Aujourd'hui, nous, personnes vivant avec le VIH, populations clés et vulnérables, représentants gouvernementaux, maires signataires de la charte « Ville sans sida », activistes, travailleurs communautaires, médecins, personnalités publiques, du Maroc, de France et d’ailleurs, nous unissons à Essaouira pour exhorter tous les donateurs à augmenter leurs contributions au Fonds mondial afin de renforcer la riposte au VIH/sida tout en pérennisant l’accès aux droits des communautés.

Sans la solidarité et la mobilisation internationale, la lutte contre le VIH/sida n'aurait pas connu de grandes avancées. Créé en 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme incarne cette mobilisation mondiale. En 20 ans, il aura permis globalement de sauver 44 millions de vies et en particulier de réduire de 74% la mortalité du VIH et de 54% les nouvelles infections. C’est aussi l’outil qui a su soutenir la défense des populations marginalisées et les plus vulnérables à l'épidémie de VIH en appuyant l’approche communautaire, menée par les personnes concernées. 

2022, en plus de célébrer les 20 ans du Fonds, marque sa septième conférence de reconstitution dont la cible est fixée à un strict minimum de 18 milliards de dollars, un montant restreint face aux besoins réels constatés par les associations. Il s’agira d’un moment politique clé qui déterminera le visage de la lutte dans les années à venir. Un moment décisif appelant à voir des contributions ambitieuses et revues à la hausse pour compenser les reculs liés à la crise sanitaire. 

L'arrivée du Fonds mondial en 2004 au Maroc a marqué un tournant dans la riposte au VIH. Il a appuyé les efforts gouvernementaux et a consacré le travail fondateur de la société civile mené conjointement avec les communautés pour une réponse faite avec elles et pour elles. C’est notamment le cas depuis l’instauration du dépistage communautaire au Maroc : alors que les associations impliquées dans le VIH Sida au Maroc ne réalisent que le dixième des tests, ces derniers représentent 50% des tests positifs, preuve du ciblage efficace de l’approche communautaire. 

L’accès aux innovations en matière de dépistage et de traitement est essentiel pour une lutte efficace contre le VIH/sida. L’agence de santé mondiale Unitaid travaille main dans la main avec le Fonds Mondial afin d’introduire des innovations révolutionnaires et les rendre disponibles à l’échelle mondiale.

C’est par exemple grâce à l’action complémentaire d’Unitaid et du Fonds mondial que les autotests VIH ou encore les nouveaux traitements antirétroviraux à base de dolutégravir, beaucoup mieux tolérés par les patients et entrainant moins de résistance, sont rapidement devenus accessibles au plus grand nombre et ce pour un coût inférieur aux anciens traitements moins efficaces.

Cependant, n’oublions pas que les avancées ne sont jamais acquises. La crise sanitaire liée au COVID-19 n’aura pas épargné la santé mondiale. Entre l’impact sur les systèmes de santé, les confinements à répétition et les conséquences économiques, les luttes contre les autres pandémies ont cruellement souffert ces deux dernières années. 

Alors qu’un virus ne doit pas en cacher un autre, les chiffres avancés par le Fonds mondial sont sans appel. Une baisse de 22% des dépistages au VIH et de 11% des services de prévention. C’est la première fois en 20 ans que la lutte accuse de tels reculs. Un seul indicateur reste en hausse : la mise sous antirétroviraux a progressé de 9%. Soulignons-le ! C’est grâce à l’appui des agents de santé communautaire qui en ont permis la distribution. Comme tant d’autres associations, l’ALCS a su rebondir et innover en apprenant de la lutte contre le VIH/sida pour limiter les conséquences du COVID-19. En assurant une dispensation plus large et démédicalisée des antirétroviraux et autres médicaments nécessaires par les acteurs communautaires, les associations ont pu désengorger les services de soins et autonomiser davantage les personnes vivant avec le VIH. 

Pour ne pas perdre du terrain dans la lutte contre le VIH/sida, nous avons besoin de moyens. Les Nations Unies et ses membres se sont accordés sur la nécessité d'investir 29 milliards de dollars par an dans les pays à faible et moyen revenus d’ici 2025. Ce montant peut paraître vertigineux, mais chaque dollar versé aujourd’hui dans la lutte contre les trois pandémies représente 31 dollars de gains en dépenses de santé. Personne n’est en sécurité si tout le monde ne l’est pas. 

Alors qu’aujourd’hui le VIH peut se vivre comme une maladie chronique, l’accès aux soins et à une vie sereine et digne est encore trop souvent inaccessible. Les personnes vivant avec le VIH en Afrique du Nord et au Moyen Orient, et ayant accès au traitement antirétroviral, sont encore trop peu nombreuses. En effet, seules 43% d’entre elles y ont accès : l’une des plus faibles couvertures au monde. Triste record …

Cet appel, porté par les vents d’Essaouira, est un cri de ralliement. En Afrique du Nord et au Moyen Orient, où la prévalence du VIH est en général faible, le nombre de personnes infectées croît un peu plus chaque année, particulièrement chez les plus vulnérables d’entre nous. Dans la région, 95% des nouvelles infections touchent des personnes criminalisées, stigmatisées et discriminées. Pourquoi laisser la vulnérabilité, la précarité ou encore la dépendance à des produits psychoactifs empêcher l’accès au droit universel à la santé ?  

Nous ne devons pas baisser la garde face au VIH/sida. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités pour que l’épidémie ne reparte pas. C’est la seule solution pour cette septième reconstitution du Fonds Mondial. 

Ayons toujours en tête la colère et les voix des personnes séropositives disparues faute de traitements et de moyens donnés à la lutte.

N’oublions pas celles et ceux qui ne sont plus là aujourd’hui faute de justice sanitaire.

Entendons la colère et les craintes des personnes debout aujourd’hui. 

“Si ce n’est pas nous, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ?”

LUTTONS POUR CE QUI COMPTE !

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