Maglor.fr - L'économie tunisienne traverse en 2026 une phase de fragilité persistante. Inflation au-dessus de 5 %, tensions sociales, déficit public à financer en l'absence d'accord avec le FMI : autant de défis que le gouvernement du président Kaïs Saïed doit affronter à l'approche de la préparation de la loi de finances 2027. Un tableau économique contrasté, entre résistance et vulnérabilité structurelle.
Une inflation qui ne redescend pas
L'un des principaux défis de l'économie tunisienne en 2026 reste la maîtrise de l'inflation. Après avoir atteint des sommets en 2023-2024, la hausse des prix a été partiellement contenue mais reste élevée : 5,1 % en juillet 2026, 5,4 % en août 2026, selon les derniers chiffres disponibles. Cette légère remontée illustre la fragilité de la désinflation en cours.
Le président Kaïs Saïed a revendiqué des progrès dans ce domaine, affirmant que la politique d'autosuffisance menée par son gouvernement a permis de contenir l'inflation et d'atteindre une croissance supérieure à 3 % lors des derniers trimestres. Mais les analystes économiques soulignent que cette amélioration repose en partie sur des mesures conjoncturelles — contrôle des prix administrés, compression des importations, freinage de la demande — plutôt que sur un assainissement structurel des déséquilibres économiques.
La loi de finances 2026 : une traduction des ambitions sociales
La loi de finances 2026, entrée en vigueur en début d'année, avait été présentée par le chef de l'État comme un texte de « justice sociale » et de « réduction des inégalités ». Kaïs Saïed avait insisté pour que le budget traduise « les aspirations du peuple tunisien » plutôt que de se limiter à des équilibres comptables imposés de l'extérieur — une référence directe aux conditionnalités du Fonds monétaire international (FMI).
Parmi les mesures phares figure une revalorisation des salaires dans la fonction publique, décidée en dehors du cadre habituel du dialogue social tripartite — une décision qui a suscité des tensions avec les syndicats et les organisations patronales. Le gouvernement a également maintenu les subventions sur les produits de première nécessité, malgré leur coût budgétaire élevé, refusant de les supprimer comme le préconise le FMI.
Le dossier FMI : un blocage persistant
La relation entre Tunis et le Fonds monétaire international reste au point mort en 2026. Un accord avait été esquissé en 2022-2023 pour un prêt de 1,9 milliard de dollars, mais les négociations ont achoppé sur les réformes structurelles exigées : levée progressive des subventions, réforme des entreprises publiques, maîtrise de la masse salariale.
Le président Saïed a refusé de s'engager sur cette voie, jugeant ces conditionnalités incompatibles avec sa vision souverainiste et sa promesse de protection sociale. En l'absence d'accord avec le FMI, la Tunisie peine à accéder aux marchés financiers internationaux et à mobiliser les financements extérieurs nécessaires pour couvrir son déficit. La dette publique dépasse désormais 82 % du PIB, un niveau qui inquiète les observateurs.
Des signaux positifs dans certains secteurs
Le tableau n'est pas entièrement sombre. Le secteur touristique montre une résilience remarquable : les recettes du premier semestre 2026 ont atteint plus d'un milliard d'euros, en hausse de 8,3 %. Les exportations agricoles se maintiennent à un bon niveau. Et la Tunisie affiche en mars 2026 une hausse de 26 % des arrivées touristiques — la meilleure performance de la région selon l'Organisation Mondiale du Tourisme.
Le taux de change du dinar, bien que sous pression, a été stabilisé grâce aux réserves en devises, qui couvrent environ 109 jours d'importations. La Banque centrale de Tunisie maintient une politique monétaire prudente pour éviter une dépréciation brutale de la monnaie nationale.
Les défis sociaux : entre grèves et tensions
Sur le front social, la situation reste tendue. Les hausses de salaires décrétées unilatéralement par le président Saïed — court-circuitant un demi-siècle de dialogue social tripartite — ont alimenté les tensions avec l'UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail), historiquement puissante dans le paysage social tunisien. Des grèves sectorielles ont émaillé les premiers mois de 2026.
La question du chômage, notamment chez les jeunes diplômés, demeure une bombe sociale à retardement. Le taux de chômage reste élevé, particulièrement dans les régions de l'intérieur, malgré les efforts de l'État pour développer des programmes d'emploi public.
Vers 2027 : la préparation du prochain budget en question
La Tunisie entame la préparation de la loi de finances 2027 dans un contexte de contraintes accrues. Sans accord avec le FMI et sans accès aisé aux marchés de capitaux, les marges de manœuvre budgétaires sont étroites. Le président Saïed devra trouver un équilibre délicat entre le maintien de ses engagements sociaux et la soutenabilité des finances publiques.
La trajectoire économique de la Tunisie en 2026 illustre, plus que jamais, les tensions entre une vision politique volontariste axée sur la justice sociale et les réalités d'une économie ouverte soumise aux contraintes des marchés mondiaux. L'issue de ce bras de fer déterminera en grande partie le cap de la Tunisie pour les années à venir.