Hicham TOUATI
Dans le silence lourd qui suit un accident, il arrive qu’une décision administrative prenne la forme d’un geste humain. Après le drame routier survenu aux abords de Sidi Ifni, la Direction générale de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire a choisi de répondre à la perte par une protection concrète : celle des blessés, et surtout celle des familles désormais privées des leurs.
La route, ce jour-là, n’a pas seulement brisé des véhicules : elle a fauché quatre vies en service, des hommes qui avaient pour mission de veiller sur la sécurité d’autrui et qui, soudain, sont devenus les victimes d’un destin brutal. Face à ce choc, le directeur général de l’instance, Abdellatif Hamouchi, a arrêté une série de mesures exceptionnelles qui, au-delà des textes, disent une philosophie : ne pas laisser la douleur se doubler d’abandon.
La première décision frappe par sa portée symbolique et matérielle. Les quatre policiers morts dans l’accomplissement du devoir ont été promus, à titre exceptionnel, au grade de brigadier de police, avec tous les effets administratifs et financiers qui en découlent au bénéfice de leurs ayants droit. Dans une administration, une promotion est souvent un acte de carrière ; ici, elle devient un acte de fidélité. Elle signifie que la valeur d’un engagement ne s’éteint pas avec la disparition, et que l’État sait transformer le mérite en droits pour ceux qui restent.
Aux survivants, la même attention est accordée, avec une précision qui évite les paroles vagues. Les policiers grièvement blessés obtiennent une promotion exceptionnelle d’échelon, conformément au statut particulier des fonctionnaires de la DGSN. Ce choix, discret en apparence, pèse lourd dans la réalité : il reconnaît la blessure non seulement comme une épreuve, mais comme un sacrifice professionnel qui mérite réparation, considération et amélioration tangible de la situation du blessé.
Mais c’est sans doute sur le terrain social que l’initiative prend toute sa dimension. Deux veuves de policiers décédés, mariés au moment du drame, se verront offrir un accès à l’emploi au sein des services de sécurité, une fois remplies les conditions requises et dans le respect des règles en vigueur. Cette mesure n’a rien d’un simple effet d’annonce : elle touche au cœur de la fragilité qui suit le deuil, lorsque la perte affective se transforme en urgence économique. Donner un travail, c’est rendre une dignité ; c’est permettre à une famille de se relever sans dépendre de l’assistance, d’élever des enfants sans craindre le lendemain, de regarder l’avenir sans être condamnée à la précarité.
À ces décisions s’ajoute un accompagnement plus large : soutien moral et matériel aux ayants droit, intégration aux initiatives périodiques destinées aux veuves et orphelins des fonctionnaires de police, prise en charge intégrale des soins nécessaires pour les blessés, couverture de leurs frais, et présence institutionnelle auprès des familles endeuillées à travers les condoléances officielles et l’appui requis. L’ensemble dessine une chaîne de solidarité où l’administration ne se contente pas de constater, mais agit, suit et protège.
Cette séquence a trouvé, dans l’opinion, une résonance particulière. Dans un contexte où les citoyens scrutent la manière dont les institutions traitent celles et ceux qui portent l’uniforme, beaucoup y lisent un message d’équité et de reconnaissance : la sécurité publique n’est pas un service abstrait, elle repose sur des vies, des corps exposés, des familles qui attendent le retour. En prenant soin des blessés et des proches des disparus, l’institution renvoie une image de cohérence morale : protéger les protecteurs, pour que la protection des citoyens demeure un pacte crédible.
Il y a aussi, dans cette réception, quelque chose de plus intime. Car derrière les termes administratifs — promotions, échelons, ayants droit — se tiennent des visages : des collègues qui reprennent le service avec une absence au cœur, des enfants qui grandissent avec une photo à la place d’une présence, des veuves qui doivent apprendre à vivre autrement. Reconnaître cela, c’est refuser que le sacrifice se dissolve dans le quotidien.
Au fond, ces mesures disent une idée simple, mais exigeante : celui qui veille sur la société ne doit pas être seul face aux risques de sa mission. Et si le drame de Sidi Ifni rappelle la fragilité des vies en service, la réponse institutionnelle, elle, rappelle une obligation : faire de la solidarité une pratique, non un slogan. Reste maintenant l’essentiel — que cette culture d’attention et de protection accompagne durablement celles et ceux qui servent, afin que chaque uniforme porté au nom des citoyens soit aussi, en retour, porté par une Nation reconnaissante.