Ecrit Par Maglor — Rome et Tripoli discutent de la relance de l'autoroute côtière libyenne, un chantier d'environ 1 750 kilomètres conçu il y a près de vingt ans, qui doit relier la frontière égyptienne au poste de Ras Jedir, à la frontière tunisienne. L'information, rapportée par l'agence italienne Agenzia Nova le 4 novembre 2026, intéresse directement la Tunisie, dont le réseau routier se raccorde à ce futur axe.
Un projet né du traité d'amitié de 2008
L'autoroute découle du traité d'amitié signé en août 2008 entre Silvio Berlusconi et Mouammar Kadhafi. Cet accord prévoyait 5 milliards de dollars d'investissements italiens sur vingt ans dans les infrastructures libyennes. Depuis, les bouleversements politiques et sécuritaires en Libye ont considérablement ralenti la réalisation du programme.
Aujourd'hui, les deux pays envisagent une réorganisation du chantier : redécoupage de certains tronçons et nouveaux appels d'offres. Une délégation libyenne devait se rendre en Italie en novembre pour en discuter, car plusieurs sections attribuées à des entreprises italiennes sont bloquées.
Deux tronçons, deux blocages
Le tronçon est, d'environ 400 kilomètres, avait été attribué en 2013 à un consortium dirigé par Salini Impregilo, devenu Webuild, pour près de 940 millions d'euros. Les travaux n'ont jamais réellement démarré. Les discussions ont achoppé sur la révision du coût : Webuild aurait avancé environ 2,4 milliards d'euros pour tenir compte de l'évolution des prix. La résiliation du contrat ouvrirait la voie à une nouvelle procédure d'attribution.
Le tronçon ouest, de 160 kilomètres entre Al-Aziziya et Ras Jedir, a fait l'objet d'un contrat signé le 6 novembre 2025 avec l'entreprise italienne Todini Costruzioni Generali. Un démarrage des travaux avait été annoncé pour le 6 mai 2026, mais le chantier n'avait toujours pas commencé six mois plus tard. Le retard serait lié aux garanties bancaires nécessaires au déblocage de l'avance contractuelle : une garantie d'environ 140 millions d'euros aurait été soumise aux autorités italiennes, sans décision officielle à ce stade.
Un enjeu pour la Tunisie
La Tunisie est concernée au premier chef. En mai 2021, Tunis et Tripoli avaient convenu de créer une commission technique chargée d'étudier le raccordement de l'autoroute libyenne à Ras Jedir. Côté tunisien, l'autoroute Gabès–Ras Jedir, longue de 176 kilomètres, est en service depuis février 2023. Une liaison continue permettrait de fluidifier le trafic de marchandises et de voyageurs entre la Tunisie, la Libye et, au-delà, l'Égypte.
Géopolitique et concurrence
Le dossier dépasse la seule question routière. Pour l'Italie, il s'agit d'un engagement historique et d'un enjeu économique pour ses entreprises de construction. Mais des sociétés turques interviennent déjà sur des travaux routiers dans l'est de la Libye, ce qui pourrait amener Tripoli à revoir certaines sections du tracé initial. Aucune date n'a été communiquée pour le lancement des nouveaux appels d'offres ni pour la reprise des chantiers.
Pour l'ensemble du Maghreb, une autoroute côtière continue serait un levier de commerce régional, à un moment où les échanges intramaghrébins restent faibles. Mais compte tenu des retards accumulés depuis 2008, la prudence s'impose : ce projet attend encore sa première véritable ligne droite.