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Tribune : 5 % d’échanges entre voisins, ou le coût du Maghreb qui ne se fait pas

Ecrit Par Maglor — Un chiffre résume trente-sept ans d'occasions manquées : les échanges commerciaux entre les cinq pays de l'Union du Maghreb arabe représentent à peine 5 % de leur commerce total. Dans l'Union européenne, ce taux atteint 60 %. Entre pays de l'ASEAN, il dépasse 20 %. Le Maghreb constitue, à cet égard, l'une des régions les moins intégrées de la planète — et ce n'est pas un accident géographique.

Une institution en sommeil

L'Union du Maghreb arabe a été créée en 1989 par le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye. Son Conseil présidentiel, organe suprême de l'organisation, ne s'est plus réuni depuis 1994. Trente-deux ans de vacance institutionnelle : peu d'organisations régionales dans le monde peuvent revendiquer un tel bilan.

L'UMA existe encore sur le papier, dispose d'un secrétariat général à Rabat et produit occasionnellement des documents. Mais son inactivité n'est pas un dysfonctionnement technique ; elle est la conséquence directe d'un différend politique — celui du Sahara — qui a gelé la relation entre les deux principales économies de la région et paralysé toute avancée collective.

Ce que coûte l'absence de marché régional

Le prix de cette situation se mesure. Pendant que les économies asiatiques et latino-américaines bâtissaient des marchés régionaux, le Maghreb a laissé ses frontières se figer. Le Maroc exporte vers l'Europe, l'Algérie vend son gaz au Nord, la Tunisie sous-traite pour des donneurs d'ordre européens — mais presque rien ne circule entre eux.

Les conséquences sont concrètes. Un industriel maghrébin conçoit ses produits pour un marché national de quelques dizaines de millions d'habitants au mieux, jamais pour un ensemble de plus de cent millions de consommateurs partageant langue, habitudes alimentaires et normes de consommation. Les économies d'échelle qui ont permis l'émergence industrielle ailleurs sont mécaniquement hors de portée.

La fermeture de la frontière terrestre entre le Maroc et l'Algérie, effective depuis 1994, en constitue le symbole le plus coûteux. Les estimations de manque à gagner varient, mais toutes s'expriment en points de PIB annuels pour les deux pays. Les populations frontalières, elles, en paient le prix quotidien depuis une génération.

Un climat qui s'allège

Depuis l'adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies — qui consacre le plan d'autonomie marocain comme base de règlement politique au Sahara — le climat régional s'est modifié. Pour la première fois depuis des décennies, l'idée d'un Maghreb réconcilié ne relève plus seulement du vœu pieux.

Il convient de rester mesuré. Une résolution onusienne ne règle pas trente ans de méfiance accumulée, et les positions officielles demeurent éloignées. Mais l'histoire des rapprochements diplomatiques enseigne que les ouvertures se produisent rarement quand on les annonce, et souvent quand un cadre juridique nouveau rend le statu quo plus coûteux que le mouvement.

Le rôle possible des diasporas

Les communautés maghrébines d'Europe occupent une position singulière dans cette équation. Elles vivent, en France, en Belgique, en Espagne, en Italie, un Maghreb de fait : mariages mixtes entre Marocains, Algériens et Tunisiens, associations communes, entreprises aux associés de plusieurs nationalités, fréquentations quotidiennes qu'aucune frontière ne contrarie.

Cette réalité vécue précède les institutions. Elle ne remplacera pas une décision politique, mais elle constitue une ressource peu exploitée : celle d'un réseau économique et social transmaghrébin déjà constitué, opérationnel, et qui n'attend qu'un cadre pour se déployer sur la rive sud.

Trente-sept ans après Marrakech, la question n'est plus de savoir si l'intégration maghrébine serait utile — la démonstration est faite depuis longtemps. Elle est de savoir combien de temps encore la région acceptera d'en payer l'absence.

Sources : IEMed, Fondation Jean-Jaurès, Sénat français, travaux universitaires sur l'intégration maghrébine.

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