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La croissance tunisienne ralentit à 2,3 % au deuxième trimestre : les raisons d’un essoufflement

Ecrit Par Maglor — L’économie tunisienne a progressé de 2,3 % au deuxième trimestre 2026 en glissement annuel, contre 2,6 % au trimestre précédent et 3,4 % un an plus tôt. Ce ralentissement graduel, sans rupture brutale, traduit des difficultés structurelles que les bons chiffres du commerce extérieur ne suffisent pas à compenser.

Un financement extérieur contraint

La première explication tient à l’accès aux financements internationaux. Depuis 2023, les discussions entre Tunis et le Fonds monétaire international sur un programme de réformes sont bloquées. Faute d’accord, la Tunisie se finance à des conditions plus coûteuses et doit arbitrer plus strictement entre ses dépenses.

Cette contrainte pèse mécaniquement sur l’investissement public, traditionnellement l’un des moteurs de la croissance tunisienne, et limite la capacité de l’État à soutenir l’activité en phase de ralentissement.

Des finances publiques sous tension

Le constat budgétaire est préoccupant : près de 93 % des recettes fiscales sont absorbées par trois postes rigides — les salaires de la fonction publique, les intérêts de la dette et les subventions. Il ne reste donc qu’une marge très étroite pour financer l’investissement, la santé ou l’éducation à partir des ressources propres du pays.

Le déficit budgétaire pourrait légèrement s’élargir en 2026. Toute réforme de ces trois postes se heurte à des résistances sociales fortes, dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages s’est dégradé.

Le décalage entre indicateurs et quotidien

C’est peut-être là le point le plus sensible. Les agrégats macroéconomiques — croissance positive, léger recul du chômage au deuxième trimestre, exportations en hausse — ne se reflètent pas dans la vie quotidienne d’une grande partie de la population. L’inflation alimentaire, les tensions sur certains produits de base et la faiblesse des créations d’emplois formels entretiennent un sentiment de stagnation.

Ce décalage nourrit des tensions sociales récurrentes et alimente les départs, notamment de jeunes diplômés et de professionnels de santé, vers l’Europe et le Golfe.

Un commerce extérieur mieux orienté

Tout n’est pas négatif. Les échanges avec la France, premier partenaire commercial de la Tunisie, restent dynamiques : les exportations françaises vers la Tunisie ont progressé de 10,2 % au premier semestre 2026 en glissement annuel, signe d’une activité industrielle qui continue de tourner, notamment dans la sous-traitance automobile, le textile et l’aéronautique.

Le tourisme et les transferts de la diaspora demeurent par ailleurs deux sources essentielles de devises, qui soutiennent la balance des paiements.

La question du change

Parmi les pistes discutées figure une réforme du régime de change, présentée par certains économistes comme une opportunité stratégique, en particulier pour les Tunisiens établis à l’étranger. Une plus grande souplesse pourrait faciliter les investissements de la diaspora et l’intégration financière du pays, mais elle comporte aussi des risques inflationnistes immédiats pour un pays fortement importateur.

Un cap à clarifier

La Tunisie se trouve dans une position d’attente : ni crise ouverte, ni redressement franc. L’enjeu des prochains mois sera de définir une trajectoire de réformes crédible, capable de rassurer les bailleurs sans provoquer de choc social. C’est dans cet étroit couloir que se jouera la capacité du pays à retrouver un rythme de croissance supérieur à 3 %.

Sources : Direction générale du Trésor, Kapitalis, Ecomnews Med, Coface.

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