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« Il n'y a plus de neutralité » : les avocats tunisiens se mobilisent contre la mainmise du pouvoir sur la justice



Écrit par la rédaction Maglor.fr - Depuis mai 2026, l'Ordre national des avocats de Tunisie a engagé un bras de fer inédit avec le ministère de la Justice. À travers une série de grèves régionales et l'annonce d'une grève nationale générale pour le 18 juin, les avocats tunisiens dénoncent l'effacement progressif de l'indépendance de la justice sous la présidence de Kaïs Saïed.

Une mobilisation historique qui s'étend à tout le pays

Depuis la mi-mai, les barreaux régionaux de Tunisie observent successivement des journées de grève générale. Grand Tunis, Sfax, Sousse, Médenine, Kairouan... l'ensemble des juridictions du pays ont été concernées par ce mouvement d'ampleur inédite. Le point d'orgue est fixé au jeudi 18 juin 2026 : une grève nationale générale accompagnée d'un rassemblement devant le Palais de justice de Tunis. L'Ordre réaffirme son attachement « à la défense de la profession, de l'indépendance de la justice et du droit à un procès équitable ».

Des revendications au cœur de la défense de l'État de droit

Au-delà des griefs corporatistes — amélioration des conditions de travail dans les tribunaux, réforme des mécanismes de désignation et de promotion — les avocats portent des revendications fondamentales : mettre fin aux poursuites contre leurs confrères pour leurs opinions ou activités politiques, garantir l'indépendance de la justice face à l'exécutif et rétablir des institutions judiciaires protégées de toute interférence du pouvoir. « Il n'y a plus de neutralité, plus de justice en fait en Tunisie », résument des membres du barreau.

La justice tunisienne sous emprise du pouvoir exécutif

Depuis le coup de force constitutionnel de juillet 2021 et la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature en 2022, le président Saïed a progressivement placé l'appareil judiciaire sous sa tutelle. Le limogeage par décret présidentiel de 57 juges et procureurs en 2022 a constitué un tournant. Depuis lors, de nombreux avocats, journalistes et opposants politiques ont été jugés dans des conditions contestées. Le ministère de la Justice a répondu aux grèves en les qualifiant d'« illégales », tout en assurant « la continuité » du service dans les tribunaux.

Des avocats poursuivis pour leurs opinions

Le cas de Sonia Dahmani illustre cette dérive. Cette avocate et commentatrice médiatique, arrêtée en mai 2024 pour des déclarations à la télévision, a été condamnée à deux reprises en 2026 : dix-huit mois en appel pour des propos sur le racisme en Tunisie, puis deux ans pour des déclarations sur les conditions carcérales. Libérée en novembre 2025 après dix-huit mois de détention préventive, elle reste sous le coup de ces condamnations. Son cas, loin d'être isolé, symbolise la criminalisation de la parole critique dans un pays qui se targuait d'être le seul succès du Printemps arabe.

Une condamnation internationale unanime

Quarante organisations internationales de défense du droit et des droits humains ont conjointement condamné la campagne d'intimidation, de poursuites et de représailles menée par les autorités tunisiennes contre les avocats, les magistrats et la société civile. Human Rights Watch et la Commission internationale de juristes figurent parmi les signataires. Le Comité pour la Justice (CFJ) a apporté son soutien explicite à la mobilisation du barreau tunisien, exigeant « l'arrêt des atteintes au droit à la défense et la garantie de l'indépendance de la profession ».


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