Hicham TOUATI
À la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, la séance inaugurale d’une conférence-débat consacrée aux tendances actuelles et aux défis du droit économique et du droit des affaires a marqué un temps fort de la coopération scientifique entre le Maroc et le Canada. Au-delà des échanges doctrinaux, cette rencontre a illustré, de manière concrète, l’ambition partagée de bâtir un espace commun de réflexion, de recherche et de formation entre l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès et l’Université Laval.
Réunis au Centre des études doctorales, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants en master ont pris part à une séance inaugurale empreinte de solennité et de bienveillance, présidée par le doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, professeur Mohammed BOUZLAFA . Dans une allocution d’ouverture chaleureuse, celui-ci a rappelé que « l’université n’est pleinement fidèle à sa mission que lorsqu’elle s’ouvre à l’autre, confronte ses savoirs et accepte le dialogue des systèmes juridiques ». Saluant la présence du professeur Karounga DIAWARA, il a souligné que cette rencontre « s’inscrit dans une dynamique durable de coopération scientifique, fondée sur la rigueur académique, le respect mutuel et la conviction que le droit est un levier essentiel du développement économique et social ».
Dans la même veine, le directeur du laboratoire ESSOR, le professeur Hassan RHIYA, a insisté sur la portée stratégique de cette conférence-débat. Selon lui, le partenariat avec l’Université Laval ne relève pas d’un simple échange institutionnel, mais d’« une convergence de préoccupations scientifiques autour des mutations profondes du droit économique contemporain ». Il a rappelé que le laboratoire ESSOR s’attache, depuis plusieurs années, à analyser l’évolution du cadre juridique marocain à l’aune de la mondialisation, de la compétitivité économique et des exigences nouvelles de régulation, rendant ainsi naturelle cette coopération avec un centre de recherche de référence en droit économique au Canada.
Au cœur de la rencontre, la parole a été donnée au professeur Karounga DIAWARA, figure reconnue du droit de la concurrence et directeur du Centre d’études en droit économique à l’Université Laval. Professeur titulaire, membre du Barreau du Québec et lauréat du prix Henri-Capitant, il est venu à Fès avec une ambition clairement affichée : consolider la collaboration entre les deux universités par des actions concrètes. Dans sa déclaration, il a exprimé son souhait de voir cette visite déboucher sur « des accords spécifiques favorisant la mobilité des professeurs et des chercheurs, la mise en place de conventions de cotutelle de thèses et l’organisation d’activités scientifiques conjointes, en présentiel comme en mode hybride ».
Sur le plan scientifique, son intervention a proposé une lecture transversale des défis actuels du droit économique et du droit des affaires. Usant de l’image parlante du « véhicule juridique », il a abordé les formes juridiques de l’entreprise, en mettant l’accent sur les modèles alternatifs porteurs de finalités sociales, avant d’élargir la réflexion à la gouvernance d’entreprise. Les notions de RSE, d’ESG et de gouvernance durable ont ainsi été articulées aux enjeux du virage environnemental et de la transition numérique, notamment en matière de protection des consommateurs et d’adaptation du droit de la concurrence à un environnement économique en mutation rapide.
Prenant le relais, le professeur Driss JOUIDI, membre du laboratoire ESSOR et modérateur de la rencontre, a replacé ces analyses dans le contexte marocain. Il a rappelé que le choix du thème répond à l’actualité d’une économie nationale « de plus en plus compétitive et insérée dans des réseaux d’accords internationaux ». Selon lui, l’un des défis majeurs réside dans l’harmonisation du droit marocain avec celui de ses partenaires, qu’ils soient européens, américains, africains ou issus d’autres espaces juridiques. Le professeur JOUIDI a également insisté sur les mutations contractuelles liées à l’innovation permanente des entreprises, ainsi que sur les exigences accrues en matière de normalisation, qu’il s’agisse des standards environnementaux ou sociaux, tels que les normes ISO ou SA8000.
Posant une question centrale, il a interpellé l’auditoire sur la capacité des entreprises marocaines à soutenir la concurrence internationale face à des acteurs disposant d’une surface financière et d’un savoir-faire considérables. Dans cette perspective, il a salué l’apport comparatif de l’intervention du professeur DIAWARA, qui a permis de juxtaposer l’expérience canadienne à l’état actuel de l’économie marocaine, tout en esquissant des pistes de réponse aux défis communs.
L’un des moments forts de la journée a sans conteste été la forte mobilisation des étudiants, en master comme en doctorat. Le professeur JOUIDI n’a pas manqué de souligner, avec fierté, leur maîtrise linguistique, leur solidité scientifique et la pertinence de leurs questions, estimant que « la vitalité d’un laboratoire se mesure aussi à la qualité intellectuelle de ses étudiants ». Un constat partagé par le professeur DIAWARA, qui s’est dit agréablement surpris par la densité des échanges et la maturité des interventions, y voyant le signe d’un terreau académique particulièrement fertile.
Au terme de cette séance inaugurale, la conférence-débat est apparue comme bien plus qu’un événement ponctuel : elle s’est imposée comme une étape structurante dans le renforcement du partenariat entre l’USMBA de Fès et l’Université Laval. En ouvrant des perspectives de coopération durable, de recherche conjointe et de formation partagée, elle rappelle que le droit économique, à l’heure des transitions multiples, gagne à être pensé au croisement des expériences nationales et des savoirs comparés. Une dynamique appelée à se poursuivre, au rythme des échanges académiques et des projets communs à venir.