FR AR
Partager sur :

Fès : saisie de 12 000 comprimés psychotropes et de 400 grammes de cocaïne, un suspect interpellé


Hicham TOUATI 

C’est à la tombée du jour, vendredi, que les silhouettes discrètes des policiers de la brigade judiciaire de Fès se sont confondues avec la pénombre du couchant, à l’entrée orientale de la ville. Une voiture banale y glissait, venant des routes vallonnées de Taounate, et ne savait pas qu’elle transportait dans ses flancs bien plus que des kilos de poudre et de comprimés : elle charriait une promesse de désolation pour des centaines d’existences. En une poignée de secondes, l’étau s’est refermé. L’homme au volant, un quadragénaire au passé déjà tatoué d’affaires judiciaires, n’aura rien vu venir. Ce qu’il convoyait laisse, depuis, le souffle court aux observateurs les plus aguerris de la scène sécuritaire : 5000 cachets d’ecstasy, autant d’éclats d’une fête artificielle aux lendemains brisés, 7000 comprimés de Rivotril, un psychotrope détourné de son usage médical pour abrutir les consciences, et 400 grammes de cocaïne à la pureté criminelle, dont la seule évocation fait frissonner les services d’addictologie.

En savoir plus


Cette saisie, dans sa dimension presque irréelle, ne doit rien au hasard. Elle porte l’empreinte d’une coopération de l’ombre, celle qui unit les enquêteurs de la Sûreté nationale et les analystes de la Direction générale de la surveillance du territoire, la très discrète « DST ». Ce sont les informations patiemment tissées par cette dernière qui ont permis de tendre ce piège parfait, transformant une route ordinaire en terminus d’un convoi de l’empoisonnement. L’honneur de cette capture revient à tous ces hommes et femmes qui, loin des projecteurs, échangent des flux d’intelligence et de vigilance pour anticiper le geste délictueux avant que l’irréparable ne pénètre les artères urbaines.

Pour mesurer l’abîme auquel la société fassie vient d’échapper, il suffit de tendre l’oreille vers ceux qui en auraient subi les premiers ravages. « Lorsque j’entends parler de 5000 comprimés d’ecstasy, je vois 5000 séances de cours volées à l’attention de nos jeunes, 5000 étreintes de mes élèves avec un bonheur factice qui les laisse, le lendemain, vides et dépressifs », confie, la voix nouée, le professeur Hamid El Ouafi, qui enseigne la philosophie dans un lycée du quartier Aïn Kadous. « Ces substances annihilent la pensée critique, ajoute-t-il, elles désagrègent le désir d’apprendre et fragmentent le lien social qui fait tenir une classe, une génération. » Pour cet éducateur, chaque cachet saisi est une graine d’avenir préservée, une conscience maintenue éveillée dans la bataille de la construction humaine.

Au cœur des foyers, la même angoisse et le même soulagement se font écho. Salma, mère de trois enfants et résidente de la médina, avoue avoir senti son sang se glacer au récit de l’opération. « Ce Rivotril, on en parle parfois à demi-mot entre parents, cette pilule qui transforme des adolescents en spectres dociles. Savoir qu’une montagne de ces cachets s’apprêtait à rouler dans les ruelles me glace d’effroi. » Elle suspend sa phrase, puis reprend : « Je suis reconnaissante à ces policiers, à ces agents du renseignement qui travaillent pendant que nous dormons, pour que nos enfants puissent rêver sans être volés de l’intérieur. » Dans ces mots simples affleure la gratitude viscérale de ceux qui mesurent soudain, par la grâce d’une interception, tout le fracas évité sous le toit familial.

L’œil médical, lui, ne tremble pas lorsqu’il décrit la toxicité de ce véritable arsenal. Le docteur Mehdi Alaoui, urgentiste au CHU Hassan II, connaît trop bien les nuits où défilent sur son brancard des corps jeunes et des cœurs affolés. « L’ecstasy peut provoquer une hyperthermie maligne irréversible, une défaillance multi-viscérale en quelques heures. Le Rivotril, mélangé à d’autres psychotropes, plonge dans un coma dont on ne réveille pas toujours. Quant à la cocaïne, avec ces quantités, nous pourrions compter les accidents vasculaires cérébraux et les infarctus aigus du lendemain. » Et le praticien de saluer, au-delà du geste policier, une victoire de santé publique : « Chaque gramme intercepté, c’est un kit de réanimation qui reste dans son emballage, une famille qui ne sera pas déchirée par une overdose. »

L’enquête désormais ouverte sous l’égide du parquet compétent ne fait que commencer. Le mis en cause, gardé à vue, devra livrer les ramifications de ce réseau tentaculaire. Car derrière l’individu au volant se profile inévitablement une chaîne de complicités, des pourvoyeurs aux guetteurs, qu’il s’agit d’extirper jusqu’à la racine. Les efforts conjugués de la police judiciaire et du renseignement territorial s’inscrivent dans une guerre d’endurance contre les barons de l’intoxication, guerre silencieuse par nature mais dont les éclats, comme ce soir-là aux portes de Fès, illuminent soudain la ténacité des sentinelles.

Cette saisie exceptionnelle n’est pourtant qu’une bataille gagnée dans un conflit dont l’issue définitive se joue aussi à hauteur de conscience citoyenne. Chaque comprimé retiré du marché clandestin est un répit, non une capitulation de l’hydre narcotique. L’interception du convoi de Taounate raconte une victoire de l’État, mais elle murmure également l’impérieuse nécessité d’une éducation au discernement, d’une écoute familiale constante et d’une veille médicale sans faille. À l’instant où les barrières se lèvent, c’est toute une cité qui retient son souffle, consciente que le salut collectif réside dans la main tendue entre ceux qui traquent les ténèbres, et ceux qui, chaque matin, allument la lumière dans une salle de classe, une consultation ou un foyer.

Région
Fez - Meknès
Partager sur :