Ecrit Par Maglor — Tribune d'opinion. Les analyses ci-dessous n'engagent que la rédaction.
Le 30 octobre, la Russie a opposé son veto au projet américain sur le Sahara. Chacun y a lu sa victoire ou sa défaite : à Rabat, un retard sans conséquence sur la marche du plan d'autonomie ; à Alger, la preuve que le statu quo n'est pas mort. Cette lecture binaire passe à côté de l'essentiel.
Un dossier devenu monnaie d'échange
Le plus frappant n'est pas le veto lui-même, mais ce qu'il révèle : le Sahara est désormais un levier dans des rivalités qui le dépassent. Moscou arbitre entre Washington et un client important, Washington cherche une résolution plus nette, et les Nations unies se retrouvent à discuter du nom d'une mission et de la mention d'un référendum. Pendant ce temps, les populations concernées, à Laâyoune comme dans les camps de Tindouf, attendent des réponses concrètes.
Le coût de la division
Quand deux voisins se disputent un dossier pendant un demi-siècle, ce sont des tiers qui en fixent le calendrier. Les frontières terrestres entre le Maroc et l'Algérie restent fermées, l'intégration économique maghrébine est l'une des plus faibles au monde, et chaque crise diplomatique renforce cette inertie. Les Marocains et les Algériens établis en France, qui partagent les mêmes quartiers, les mêmes familles et souvent les mêmes cafés, en connaissent le prix humain.
La négociation existe, elle doit être protégée
Le Conseil de sécurité n'est pas le seul lieu de discussion. Des cycles de pourparlers ont réuni à Washington et à Madrid le Maroc, le Polisario, l'Algérie et la Mauritanie. C'est ce fil, fragile, qu'il faut préserver quel que soit l'avenir de la Minurso. Une fin de mandat sans accord ne ferait pas disparaître le conflit ; elle le priverait d'un cadre d'observation.
Ce que la diaspora peut défendre
Elle ne décide pas du vote à New York, mais elle peut défendre un ton : refuser l'insulte réciproque, relayer des informations vérifiées, rappeler qu'une solution politique durable suppose des concessions et des garanties. Les Maghrébins d'Europe ont aussi intérêt à une région ouverte, où l'on circule, où l'on investit et où l'on se parle.
Conclusion
Le veto russe ne tranche rien. Il confirme que le Maghreb ne se règlera pas seulement à New York. La seule question utile est de savoir si ses acteurs choisiront un jour de s'asseoir à la même table, sans intermédiaire, avant que d'autres ne décident à leur place.