La fermeture prolongée du centre culturel marocain de Montréal, connu sous le nom de "Dar Al Maghrib", suscite une vive inquiétude au sein de la diaspora marocaine au Canada. Après un investissement public estimé à près de 100 millions de dirhams, les Marocains de la Belle Province se retrouvent face à des portes closes depuis plus de six mois, sans explication officielle.
Un espace de vie culturelle au cœur de Montréal
"Dar Al Maghrib" a été créé dans le cadre d'un programme lancé en 2008 par le ministère des Affaires étrangères marocain, avec l'ambition d'établir un réseau de centres culturels à l'étranger au service des communautés marocaines et du rayonnement du Royaume. À Montréal, le centre jouait un rôle central : espace d'activités culturelles, éducatives et sociales pour les enfants et les jeunes, vitrine de la diplomatie culturelle marocaine, et lien vivant entre la diaspora et le pays d'origine.
Mais depuis la mi-2025, le silence s'est installé. Toutes les activités ont cessé, sans qu'aucune communication officielle n'explique les raisons de cette fermeture ni ne précise les perspectives de réouverture.
Un député interpelle le gouvernement
Face à ce vide institutionnel, le député socialiste Hassan Lachgar a adressé une question écrite au ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger. Il demande trois choses : connaître les raisons réelles de la fermeture, obtenir un calendrier précis de réouverture, et savoir quelles mesures sont envisagées pour garantir une gouvernance stable et efficace du centre à l'avenir.
Cette démarche parlementaire traduit le désarroi d'une communauté qui voit dans la fermeture de "Dar Al Maghrib" non pas un simple incident administratif, mais un signal négatif qui touche au sentiment d'appartenance et à l'identité culturelle.
Un programme ambitieux, des résultats décevants
Ce qui aggrave la situation, c'est le contexte plus large du programme "Dar Al Maghrib". Lancé avec l'objectif d'ouvrir dix centres culturels marocains à l'étranger, il n'a finalement abouti, après près de vingt ans, qu'à un ou deux centres opérationnels, selon ce que révèlent des questions parlementaires antérieures.
Le Maroc se retrouve donc avec une facture conséquente — le centre de Montréal seul aurait coûté environ 100 millions de dirhams — pour une présence culturelle qui rétrécit au lieu de s'étendre. Cela pose des questions sérieuses sur la cohérence et la durabilité de la stratégie culturelle extérieure du Royaume.
La diaspora mérite mieux
La question qui résonne à Montréal comme dans d'autres capitales de l'immigration marocaine est simple : les communautés à l'étranger bénéficient-elles de l'attention réelle qu'elles méritent, ou les promesses culturelles ne sont-elles que des vitrines dont l'éclat dépasse la substance ?
Ce dont a besoin la diaspora marocaine au Canada et ailleurs, ce ne sont pas des centres construits puis abandonnés, mais une politique culturelle cohérente, dotée d'un financement durable, d'une vision claire et d'une gouvernance sérieuse. Pour que "Dar Al Maghrib", partout où elle existe, soit vraiment ce qu'elle devrait être : un foyer pour chaque Marocain en exil.