Ecrit Par Maglor — Les chiffres publiés cette semaine sur les échanges commerciaux entre l'Algérie et le Maroc se lisent comme un bilan : de près de 760 millions de dollars en 2021, le commerce bilatéral est tombé à 79,1 millions en 2025, soit une chute proche de 90 % en cinq ans. Derrière l'abstraction statistique, il y a des entreprises, des transporteurs, des familles et des régions frontalières qui paient le prix d'une rupture politique.
Une chronologie qui parle d'elle-même
D'après les données rapportées par le site TSA et attribuées à Bloomberg, le commerce total est passé de 243,9 millions de dollars en 2022 à 128,6 millions en 2023, puis à 88,2 millions en 2024 et 79,1 millions en 2025. Les exportations marocaines vers l'Algérie sont devenues quasi nulles en 2025 (0,1 million), tandis que les ventes algériennes vers le Maroc se sont maintenues autour de 79 millions. La rupture des relations diplomatiques en août 2021 et la fermeture, en novembre de la même année, du gazoduc Maghreb-Europe qui traversait le territoire marocain expliquent largement cette trajectoire. Notons que la qualification des responsabilités relève, dans la source citée, du récit officiel algérien, ce que nous signalons par souci d'honnêteté.
Le coût de la non-intégration
Les économistes répètent depuis longtemps que le Maghreb est l'une des régions les moins intégrées du monde. Chaque frontière fermée, chaque ligne aérienne ou maritime supprimée, chaque marché inaccessible réduit les économies d'échelle et décourage l'investissement. Pour les entreprises tunisiennes, marocaines ou algériennes, vendre à Paris ou à Madrid est souvent plus simple que de vendre au voisin. C'est un paradoxe coûteux.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Il faut aussi rester lucide. Les données commerciales officielles ne captent ni les échanges informels ni les flux humains. Elles ne disent rien non plus de la part de ce commerce qui pourrait transiter par des pays tiers. Surtout, l'article source ne détaille pas les produits concernés. Le chiffre est donc un indicateur, pas un diagnostic complet.
Une diaspora qui paie deux fois
En France, les familles algériennes et marocaines vivent côte à côte, partagent les mêmes quartiers, les mêmes écoles, parfois les mêmes foyers. Elles constatent chaque jour l'absurdité d'une frontière terrestre fermée et de trajets qui obligent à passer par l'Europe pour aller d'Oran à Oujda. Cette diaspora est la preuve vivante que les peuples ne sont pas en guerre.
Sortir de l'impasse
Personne ne peut décréter la réconciliation par une tribune. Mais l'économie peut offrir des premiers pas modestes : rétablir progressivement des échanges de produits non sensibles, rouvrir des liaisons, relancer des discussions techniques entre chambres de commerce. Ces gestes ne règlent pas le contentieux politique, mais ils rappellent que le statu quo a un coût mesurable. Quand le commerce entre deux voisins de plus de 40 millions d'habitants chacun s'effondre au niveau de celui d'un petit marché, c'est que la politique a pris le pas sur l'intérêt de ceux qu'elle prétend protéger.