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Tunisie : 33 emprunts en deux ans, l'Observatoire de l'économie alerte sur une dette publique qui a triplé en dix ans

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — La Tunisie a contracté 33 emprunts au cours des deux dernières années parlementaires, 2023-2024 et 2024-2025, selon un rapport de l'Observatoire tunisien de l'économie (OTE). L'organisation s'inquiète d'un recours croissant à la dette, dans un pays qui dispose de ressources propres limitées et qui n'emprunte plus auprès du Fonds monétaire international depuis 2020.

Un parlement qui valide presque tout

Depuis 2023, le Parlement a examiné 34 accords de prêt et n'en a rejeté qu'un seul. L'OTE critique cette faible capacité de contrôle. Plus de 64 % de ces emprunts correspondent à un soutien budgétaire, c'est-à-dire à des fonds destinés à financer le fonctionnement de l'État plutôt que des projets d'investissement précis.

Qui prête à la Tunisie ?

Parmi les prêteurs figurent la Banque centrale de Tunisie et les banques commerciales locales. Le rapport évoque aussi de nouveaux créanciers étrangers apparus après 2020, sans les nommer. Il cite en particulier un prêt du gouvernement italien aux conditions jugées très favorables : remboursement sur 30 ans et absence d'intérêts. L'OTE précise toutefois qu'il s'accompagne de conditions non financières, de nature politique ou économique. En 2024, la Banque centrale a par ailleurs été autorisée à accorder au Trésor des facilités de 7 milliards de dinars, soit environ 2,3 milliards de dollars.

Les chiffres de l'endettement

La dette publique atteignait 136,6 milliards de dinars en 2024 (environ 45,7 milliards de dollars), contre 47,2 milliards en 2015 : elle a donc à peu près triplé en dix ans. Le service de la dette a été multiplié par six sur la même période. La croissance annuelle moyenne des emprunts a été d'environ 4 % entre 2011 et 2024, avec un pic proche de 45 % en 2023.

Autre évolution notable, la part de l'endettement intérieur dans les prêts de soutien budgétaire est passée d'une moyenne de 30 % sur 2015-2019 à 62 % sur 2020-2024, avec un sommet de 82 % en 2024. Autrement dit, l'État s'appuie de plus en plus sur son propre système bancaire.

Souveraineté et lisibilité

L'OTE qualifie la dette de « lourd fardeau » pour les générations actuelles et futures. Il avertit que certains financements étrangers comportent des conditions financières coûteuses et des exigences non financières susceptibles d'affecter la souveraineté de l'État. Le rapport, tel que rapporté, ne donne ni taux d'intérêt détaillés pour la plupart des prêts ni ratio dette/PIB.

Un débat qui dépasse les chiffres

Ces données arrivent alors que la loi de finances 2027 est en préparation et que la Banque centrale maintient un taux directeur élevé face à une inflation persistante. Pour les ménages comme pour les entreprises, l'enjeu est concret : plus la charge de la dette augmente, moins il reste de marge pour l'investissement public, les salaires et les services essentiels.

Pour la diaspora tunisienne, dont les transferts constituent une source précieuse de devises, ce débat n'est pas abstrait. La trajectoire de l'endettement conditionne la stabilité du dinar, la confiance des partenaires et, in fine, la capacité du pays à financer sa transition économique. La question posée par l'OTE est donc autant celle de la transparence et du contrôle parlementaire que celle du niveau de la dette elle-même.

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