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Tribune : après le 17 octobre, la polémique LCI rappelle le danger d'un amalgame entre colère sociale et origine

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — La mobilisation contre la vie chère du 17 octobre a été marquée par des violences dans plusieurs villes françaises. Elle a aussi ouvert une polémique médiatique qui en dit long sur le climat actuel. Cette tribune n'engage que son auteur.

Une phrase contestée

Sur LCI, pendant la couverture des violences, l'ancien policier du RAID Bruno Pomart, aujourd'hui consultant, aurait parlé de « révolutionnaires d'Allah » en commentant des images d'édifices saccagés. De nombreux observateurs affirment l'avoir entendu. Lui et la chaîne le nient : il assure avoir évoqué des black blocs « à la Che Guevara » et conteste la version qu'on lui prête, parlant de prononciation. LCI a publié un communiqué indiquant que des propos « qui prêtent à confusion » avaient été tenus.

Nous ne trancherons pas ici sur les mots exacts, qui restent débattus. La polémique est pourtant révélatrice, quelle que soit l'issue de ce débat factuel.

Le piège de l'identitaire

Ce qui frappe, c'est la rapidité avec laquelle une colère sociale, la vie chère, a pu être relue à travers un prisme religieux ou d'origine. Des élus de la France insoumise, des journalistes et le politologue Pascal Boniface ont réagi vivement. Un conseiller municipal a estimé que ce type de propos visait à opposer les Français entre eux en transformant la colère sociale en affrontement identitaire. On peut discuter le ton de certaines réactions, mais l'inquiétude de fond est légitime.

Depuis le début de la contestation lycéenne, certains attribuent le mouvement, et notamment les dégradations, à de jeunes Français d'origine immigrée. Or, rien dans les faits connus ne permet d'établir un tel lien. Les violences sont le fait d'individus, pas d'une origine ou d'une religion.

Ce que les Franco-Maghrébins ont à perdre

Pour les millions de Français d'origine maghrébine, ces amalgames ne sont pas abstraits. Ils nourrissent les contrôles au faciès, les discriminations à l'embauche et au logement, et un sentiment d'être perpétuellement suspects. Quand un manifestant meurt et que plus de 800 personnes sont interpellées à Paris, la discussion publique devrait porter sur le coût de la vie, sur la gestion de l'ordre public et sur les responsabilités, non sur la religion supposée de casseurs anonymes.

Ce que devraient faire les médias

Les chaînes d'information en continu ont une responsabilité particulière : la vitesse du direct est l'ennemie de la nuance. Un consultant qui s'exprime sans filtre, une rédaction qui réagit par un communiqué laconique, ce sont des failles qu'on peut corriger : relecture, droit de réponse clair, distinction nette entre fait et commentaire.

Nous plaidons pour deux choses simples. D'abord, que l'on condamne sans ambiguïté les violences, d'où qu'elles viennent. Ensuite, que l'on refuse qu'elles servent de prétexte à stigmatiser une communauté entière.

Garder le cap

La colère contre la vie chère est légitime et largement partagée, bien au-delà des quartiers populaires. La détourner vers une querelle identitaire est un pari dangereux, qui fragilise ce qui nous rassemble. Sur ce sujet, les Franco-Maghrébins, comme tous les citoyens, attendent des responsables politiques et médiatiques de la mesure et du sens des responsabilités.

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