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Tribune : un baril à 116 dollars, trois Maghrebs, et le prix d'une région qui s'intègre trop peu

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Tribune. Quand le baril de Brent bondit de 90,9 dollars en août à 116,8 dollars en septembre, la même nouvelle produit trois effets opposés au Maghreb. À Alger, elle gonfle les recettes. À Rabat, elle renchérit la facture et pèse sur l'industrie des engrais. À Tunis, elle creuse un déficit commercial déjà lourd. Cette divergence en dit long sur l'état de l'intégration économique de la région.

Trois économies, trois expositions

Les chiffres, issus de la « Pink Sheet » de la Banque mondiale, sont parlants. L'Algérie profite d'un pétrole environ 70 % au-dessus de sa moyenne de 2025 et d'un gaz européen qui a plus que doublé, tout en restant un gros importateur de céréales. Le Maroc, privé d'amortisseur énergétique, voit le chiffre d'affaires de l'OCP reculer d'environ 7 % au premier trimestre. La Tunisie affiche 17,85 milliards de dinars de déficit commercial sur huit mois, dont près de la moitié d'origine énergétique.

Une complémentarité jamais organisée

Sur le papier, la région dispose de ce qui lui manque : un producteur d'hydrocarbures, un géant du phosphate, un voisin au positionnement industriel et agricole. Dans les faits, les échanges entre pays du Maghreb restent parmi les plus faibles du monde, et chaque État gère le choc de son côté. Une Algérie excédentaire pourrait être le fournisseur naturel d'une Tunisie déficitaire en énergie. Un Maroc compétitif en engrais pourrait sécuriser les besoins agricoles de ses voisins. Rien de cela n'est une utopie : c'est de la simple géographie économique.

Le coût d'un Maghreb qui ne se fait pas

Chaque choc extérieur rappelle le prix de la fragmentation. Les marchés restent étroits, les chaînes de valeur coupées aux frontières, les entreprises privées de la taille critique pour affronter la concurrence. Les économistes estiment depuis longtemps que l'intégration pourrait ajouter plusieurs points de croissance. Mais l'intégration suppose de la confiance politique, et elle fait aujourd'hui défaut.

Ce que l'on peut faire dès maintenant

Il n'est pas nécessaire d'attendre une grande réconciliation pour avancer. Des accords bilatéraux sectoriels sont possibles : énergie électrique et gazière entre Alger et Tunis, coopération sur les engrais et la sécurité alimentaire, investissements croisés dans les énergies renouvelables. Chacun gagnerait en résilience, et le Maghreb entier en crédibilité.

Une question pour la diaspora

Les Maghrébins d'Europe, qui vivent au quotidien les effets de l'inflation et de la hausse des prix de l'énergie, observent ces trajectoires avec une attention particulière. Beaucoup d'entre eux investissent, envoient des fonds et créent des entreprises des deux côtés de la Méditerranée. Ils sont déjà, à leur manière, des acteurs d'une intégration que les États tardent à construire.

En conclusion

La volatilité des matières premières n'est pas près de disparaître. La seule vraie assurance, pour les pays du Maghreb, est de cesser de la subir séparément. Un baril à 116 dollars est une mauvaise nouvelle pour les uns et une aubaine pour d'autres. Dans un Maghreb mieux intégré, ce serait simplement une donnée de marché partagée.

Cette tribune engage son auteur. Données : Banque mondiale (Pink Sheet du 2 octobre 2026), via Afrik.com.

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