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Tunisie : un déficit commercial de 17,85 milliards de dinars, l'énergie pèse près de la moitié du creusement

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — La flambée des matières premières de l'été 2026 n'affecte pas tous les pays du Maghreb de la même manière. Selon une analyse publiée début octobre à partir des données de la « Pink Sheet » de la Banque mondiale du 2 octobre, la Tunisie figure parmi les économies les plus exposées : son déficit commercial s'est creusé de façon marquée sur les huit premiers mois de l'année, et l'énergie en explique à elle seule près de la moitié.

Un déficit commercial de 17,85 milliards de dinars

Entre janvier et août 2026, le déficit commercial tunisien a atteint 17,85 milliards de dinars, contre 14,64 milliards un an plus tôt. Le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 73,9 % à 71,4 %. Autrement dit, chaque tranche de 100 dinars importés n'est plus financée qu'à hauteur d'un peu plus de 71 dinars par les ventes à l'étranger.

L'énergie, la moitié du problème

Le déficit énergétique s'établit à 8,93 milliards de dinars, contre 7,15 milliards en 2025, soit environ la moitié du déficit total. La Tunisie importe une part importante de son énergie, et le prix du baril pèse directement sur ses comptes. Le Brent est passé d'environ 90,9 dollars en août à 116,8 dollars en septembre, soit près de 29 % de hausse en un mois, et les chiffres tunisiens, arrêtés fin août, ne tiennent pas compte de ce dernier bond. La facture pourrait donc encore s'alourdir.

Alimentation et phosphates : deux autres pressions

Les importations alimentaires ont progressé de 17,1 %, dans un contexte de renchérissement du maïs (+7 % en septembre) et du blé (+5 à 6 %). Dans le même temps, les exportations du secteur des mines, phosphates et dérivés reculent de 12 %. La Tunisie subit donc une double contrainte : payer plus cher ce qu'elle achète, et vendre moins ce qu'elle exporte traditionnellement.

Trois trajectoires différentes au Maghreb

L'analyse met en évidence un écart croissant entre les économies de la région. L'Algérie, exportatrice d'hydrocarbures, bénéficie de recettes supplémentaires, avec un Brent environ 70 % au-dessus de sa moyenne 2025 (69 dollars), même si elle reste un gros importateur de céréales. Le Maroc, sans amortisseur énergétique comparable, subit la hausse du pétrole et, dans le même temps, la hausse des coûts de production de l'industrie des engrais : le chiffre d'affaires du groupe OCP a reculé d'environ 7 % au premier trimestre. La Tunisie, elle, cumule les handicaps de l'importateur net d'énergie et de produits alimentaires.

Quelles marges de manœuvre ?

Les leviers existent mais sont étroits : accélérer les énergies renouvelables pour réduire la dépendance au gaz et au pétrole, soutenir les exportations agricoles et industrielles, relancer la production de phosphate, et maîtriser la demande d'importations non essentielles. Le président Kaïs Saïed a d'ailleurs appelé ces dernières semaines à rationaliser les importations face à la hausse des prix.

Le projet de loi de finances 2027 devra tenir compte de cette contrainte extérieure. Chaque dollar de hausse du baril alourdit la facture publique, et les subventions pèsent sur un budget déjà tendu.

Pourquoi cela compte pour les Tunisiens d'Europe

Les transferts des Tunisiens établis à l'étranger constituent une source majeure de devises. Dans un contexte de déficit commercial élevé, cet apport est d'autant plus précieux, et le débat sur les moyens de l'orienter vers l'investissement productif reste ouvert.

Sources : Afrik.com (données Banque mondiale), institutions tunisiennes.

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