Ecrit Par Maglor — La Région Grand Est précise le calendrier et le contenu de son programme routier : 2,114 milliards d'euros d'ici 2035 pour entretenir, sécuriser et moderniser le réseau dont elle a la charge depuis le 1er janvier 2025. En parallèle, une écocontribution poids lourds (ECPL) entrera en vigueur le 2 avril 2027, un dispositif contesté par une partie des transporteurs, qui réclament un report à 2028 et se sont mobilisés le 15 octobre.
Un réseau de 525 kilomètres concerné
L'écocontribution s'appliquera sur 525 km d'infrastructures : les autoroutes A30, A31, A33 et A313, ainsi que les routes nationales RN4, RN44, RN52 et RN431. Elle vise les véhicules de plus de 3,5 tonnes qui transportent des marchandises, qu'ils soient français ou étrangers. Les automobilistes, les camionnettes, les engins agricoles et les transports en commun en sont exclus.
Le tarif moyen annoncé est de 0,15 € par kilomètre, modulé selon le poids et les caractéristiques environnementales du véhicule. Selon le dossier de presse de la Région, 70 % du trafic poids lourds sur ce réseau est étranger, argument central des défenseurs d'un système qui ferait contribuer les transits internationaux à l'entretien des routes.
Des recettes fléchées et des aides prévues
Les recettes seront versées à un budget annexe dédié aux routes et aux mesures d'accompagnement du transport de marchandises. La Région prévoit plusieurs dispositifs d'aide : jusqu'à 100 % des dépenses éligibles pour les agriculteurs, viticulteurs, forestiers et acteurs de ces filières ; une aide aux surcoûts pour les PME industrielles et artisanales produisant dans le Grand Est, selon des seuils variables ; et, pour les transporteurs, des subventions pour les véhicules peu polluants ou zéro émission, le rétrofit, les bornes de recharge et l'avitaillement en biocarburants, ainsi qu'un « chèque transition » pour les équipements économes en carburant.
Entretien, sécurité et fret ferroviaire
La Région a déjà dépensé 43,2 millions d'euros supplémentaires pour l'entretien dès 2025. Elle prévoit de traiter environ 90 km de chaussées par an jusqu'en 2031, puis environ 70 km par an. La sécurisation sera prioritaire sur la RN4, la RN44, la RN52 et l'A31, avec caméras, capteurs et panneaux à messages variables. Huit aires situées sur l'A33 et la RN4, entre Nancy et Phalsbourg, figurent parmi les premières à être modernisées. Enfin, 101 millions d'euros iront entre 2027 et 2035 aux lignes ferroviaires capillaires dédiées au fret.
Les réserves des professionnels
Transporteurs, agriculteurs et entreprises ont exprimé leurs objections, craignant un renchérissement des coûts dans un contexte économique tendu. L'Union TLF Est a appelé à se mobiliser le 15 octobre contre le projet, tandis que des organisations professionnelles plaident pour un décalage à 2028. Un observatoire des trafics, un comité de suivi associant les filières et un bilan annuel sont prévus pour évaluer les effets du dispositif.
Pour les nombreux habitants du Grand Est qui travaillent dans la logistique et le transport routier, dont des chauffeurs et artisans issus de la communauté maghrébine, l'enjeu est concret : l'équilibre entre financement des routes, compétitivité des entreprises et transition écologique se jouera dans les prochains mois.