FR AR
Partager sur :

Algérie : les écoles privées sommées d'enseigner en arabe et d'abandonner tout programme étranger

Ecrit Par Maglor — L'Algérie durcit le cadre applicable à l'enseignement privé. Un cahier des charges annexé au décret exécutif n° 26-310 du 22 septembre 2026, paru au Journal officiel, interdit « strictement » l'enseignement de programmes étrangers et impose l'arabe comme langue d'enseignement dans toutes les matières, à l'exception des cours de langues étrangères.

Des programmes nationaux, et rien d'autre

Selon le texte, les établissements privés ne peuvent appliquer que les programmes nationaux fixés par le ministre de l'Éducation. Ils ne peuvent utiliser que des manuels et supports pédagogiques agréés par le ministère, et la préparation des élèves à des examens autres que ceux organisés par l'administration est également proscrite. Le dispositif met ainsi fin, dans les textes, à la logique des doubles cursus qui permettaient à certaines écoles de proposer un parcours parallèle, notamment francophone.

Le nom même de l'école est encadré : il doit être rédigé dans la langue nationale officielle et ne comporter ni référence idéologique ni référence étrangère, sous peine de refus de l'agrément.

Partenariats et financements sous surveillance

Le cahier des charges ne se limite pas à la langue. Tout accord de coopération avec un organisme étranger exige l'autorisation écrite préalable du ministre de l'Éducation (article 20), et les projets d'accord doivent aussi être transmis aux ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur ainsi qu'aux services concernés. L'acceptation de financements ou de dons, quelle qu'en soit l'origine, est subordonnée à l'accord du ministère, et les établissements doivent déclarer chaque année l'origine et le montant de leurs ressources.

Côté agrément, l'ouverture d'une école est conditionnée à l'avis d'une commission technique de wilaya. Pour un porteur de projet individuel, il faut notamment la nationalité algérienne, la jouissance des droits civiques et l'absence de sanction disciplinaire pour manquement à l'éthique ou de condamnation pénale. Le fondateur et le directeur pédagogique font l'objet d'une enquête des services compétents, et les normes de recrutement du personnel doivent être au moins équivalentes à celles du secteur public.

Un calendrier de sanctions précis

En cas de manquement, le fondateur reçoit une mise en demeure et dispose de 30 jours pour se conformer, sans préjudice de poursuites pénales éventuelles. Si l'établissement reste en infraction, le ministre peut décider par décret du retrait de l'agrément et de la fermeture : immédiate si l'échéance tombe en fin d'année scolaire, ou à la fin de l'année si elle survient en cours d'exercice, avec, dans ce second cas, l'annulation de l'autorisation du directeur pédagogique et la nomination d'un administrateur pour assurer la continuité.

Ce que le texte ne dit pas

Les informations disponibles ne précisent ni les tarifs applicables, ni une éventuelle période de transition générale pour les écoles déjà en activité au-delà du délai de mise en demeure de 30 jours. Les réactions des établissements concernés et des parents d'élèves ne sont pas non plus documentées à ce stade.

Une question de souveraineté éducative

Le débat n'est pas nouveau : la place de la langue française et des programmes étrangers dans l'enseignement algérien alimente depuis plusieurs années des discussions publiques. Pour les autorités, il s'agit de renforcer le contrôle de l'État sur un secteur en expansion et de garantir un socle national commun. Pour les familles qui misaient sur un parcours bilingue ou international, notamment celles ayant des projets d'études en France ou ailleurs en Europe, la perspective d'un enseignement intégralement arabisé pose la question des passerelles futures. La mise en œuvre concrète du décret, école par école, dira si le texte reste un cadre de principe ou devient un véritable instrument de normalisation du secteur.

Partager sur :