Ecrit Par Maglor — Pour la première fois de son histoire, le Maroc aura une femme à la tête de son gouvernement. Nommée le 29 septembre 2026 par le roi Mohammed VI après la victoire du PAM aux législatives, Fatima Ezzahra El Mansouri, ancienne maire de Marrakech, a annoncé le 12 octobre une majorité de 207 députés avec l'Istiqlal, l'USFP et le PPS. L'événement est historique. Il serait pourtant réducteur de s'en tenir au symbole.
Un symbole qui compte
Il faut d'abord saluer ce que ce moment dit de l'évolution de la société marocaine. Dans un monde arabe et maghrébin où les femmes restent trop rarement aux plus hauts postes, voir une cheffe de gouvernement diriger l'exécutif envoie un message fort aux jeunes filles, aux militantes et aux femmes qui, depuis des décennies, se battent pour la parité. Les Marocaines de France, nombreuses à suivre la vie politique du pays, y verront une fierté légitime.
Une légitimité à construire
Mais la politique ne vit pas que de symboles. Le scrutin du 23 septembre a été marqué par une participation de 38,08 %, contre 50,35 % en 2021. Plus de six électeurs sur dix n'ont pas voté. Ce désintérêt, en particulier chez les jeunes, est un avertissement. Une majorité arithmétique, même confortable avec neuf voix de plus que le seuil, ne suffit pas à restaurer la confiance. Elle impose de répondre aux attentes sur l'emploi, l'école et l'hôpital, trois sujets qui nourrissent le malaise social.
Une coalition à tenir
La nouvelle alliance réunit des partis aux histoires différentes : un parti arrivé en tête, une formation historique du nationalisme marocain et deux partis issus de la gauche. L'exercice du pouvoir testera cette cohabitation, d'autant que le RNI d'Aziz Akhannouch, écarté de l'exécutif, siégera avec 66 députés dans une opposition qui ne sera pas sans poids. Le défi sera de transformer un accord de circonstance en projet commun cohérent.
Le regard de la diaspora
Les Marocains du monde ont envoyé des sommes considérables au pays, mais leur voix demeure peu représentée. La question de leur participation politique, du vote à distance et de la prise en compte de leurs attentes en matière de démarches, de retraite ou d'investissement doit figurer à l'agenda du prochain gouvernement. Une cheffe de gouvernement qui a dirigé une grande ville touristique et économique connaît l'importance de la diaspora pour l'économie locale.
Conclusion
Jugeons Fatima Ezzahra El Mansouri sur ses actes, non sur son sexe ni sur les calculs de ses adversaires. La première femme à diriger le gouvernement marocain a une occasion rare : prouver que l'ouverture et la compétence peuvent aller de pair. Elle sera attendue au tournant, et c'est la meilleure marque de respect que l'on puisse lui témoigner.