FR AR
Partager sur :

Fatima Zahra El Mansouri à la primature : le pari royal ou le piège des casseroles ?

Maglor -  Le PAM a remporté les législatives du 23 septembre 2026 avec 97 sièges. La Constitution oblige le Roi à nommer un Chef du gouvernement issu du parti vainqueur. Tout semble pointer vers Fatima Zahra El Mansouri. Mais tout est-il vraiment si simple ?

Le Maroc est-il prêt pour sa première femme cheffe de gouvernement ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 27,1 % des parlementaires élus le 23 septembre sont des femmes, contre 24,3 % en 2021 et seulement 20,5 % en 2016. Une progression lente mais continue, portée essentiellement par les listes régionales. Ce mouvement de fond crée une attente symbolique forte : si jamais il devait y avoir un moment pour franchir le cap de la première cheffe de gouvernement dans l'histoire du Maroc, ne serait-ce pas maintenant, avec un parti dirigé par une femme qui vient de remporter les urnes ?

Fatima Zahra El Mansouri, 54 ans, maire de Marrakech depuis 2021 et ministre de l'Aménagement du territoire, cumule une expérience de terrain et une notoriété nationale indéniables. Elle a elle-même déclaré qu'une nomination à la primature serait pour elle « un grand honneur ». Le signal est clair. Mais le choix appartient au Roi seul.

Fouzi Lekjaa peut-il réellement quitter le football maintenant ?

L'autre nom qui circulait avec insistance, celui de Fouzi Lekjaa, ministre délégué au Budget et président de la Fédération Royale Marocaine de Football, semble s'éloigner progressivement. Et pour cause : le Maroc co-organisera la Coupe du Monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal. Dans ce contexte, peut-on raisonnablement imaginer que Sa Majesté priverait l'organisation du Mondial de l'architecte du projet football marocain à moins de quatre ans de l'échéance ? La logique voudrait que Lekjaa reste là où il est le plus utile au rayonnement du Royaume.

Les casseroles d'El Mansouri : une affaire sérieuse ou un bruit médiatique ?

C'est ici que le calcul royal devient plus délicat. Fatima Zahra El Mansouri n'est pas sans controverses. Le média d'investigation Le Desk a publié une enquête documentée sur des transactions foncières dans la commune de Tassoultante, près de Marrakech, impliquant la ministre-maire et ses frères — des terres classées en zone agricole protégée qui, selon certains, auraient pu bénéficier indirectement de décisions d'urbanisme. El Mansouri a toujours démenti et a même intenté des poursuites judiciaires contre les médias ayant relayé ces informations.

Le cumul des fonctions de maire et de ministre de l'Aménagement du territoire a également alimenté les accusations de conflit d'intérêts. Une situation que l'intéressée balaie : « Nos responsables ne font pas l'autruche. Ils répondent, ils démentent, et ils saisissent même les tribunaux. »

Mais dans le palais, la question n'est pas de savoir si El Mansouri est coupable ou innocente. La question est de savoir si ces affaires sont suffisamment graves pour compromettre l'image d'une première cheffe de gouvernement de l'histoire du Maroc. Le prestige de cette nomination historique mérite-t-il d'être terni dès le départ par des controverses en suspens ?

Sa Majesté utilisera-t-il la loupe ou le télescope ?

Le Roi Mohammed VI a toujours fait de la probité une condition sine qua non pour ses nominations les plus importantes. Il connaît les dossiers. Il lit les rapports. Et nul ne doute que les services compétents auront soumis à son attention une analyse exhaustive du passif de chaque candidat potentiel.

Si les affaires d'El Mansouri se révèlent sans substance réelle — simples rumeurs ou attaques politiques motivées — rien n'empêchera Sa Majesté de faire un choix historique et de consacrer la maturité démocratique du Maroc aux yeux du monde. Ce serait un signal fort, notamment dans le contexte du Mondial 2030 et du rôle croissant du Royaume sur la scène internationale.

Si en revanche l'analyse révèle des zones d'ombre trop lourdes pour une figure de proue du gouvernement, le Roi pourrait se tourner vers un autre profil au sein du PAM, ou confier la mission à une personnalité moins exposée.

Le Maroc à la croisée de l'histoire

Quoi qu'il en soit, la désignation prochaine du Chef du gouvernement sera scrutée bien au-delà des frontières marocaines. Nommer une femme pour la première fois enverrait un message puissant sur la modernité du Royaume. Ne pas le faire, si c'est par calcul politique et non pour raison de fond, serait une occasion manquée que l'histoire ne pardonne pas facilement.

La réponse appartient à Sa Majesté. Et l'attente, au Maroc comme parmi la diaspora, est palpable.

Sources : Hespress, Le Desk, Le360, Telquel, Le Matin

Partager sur :