Ecrit Par Maglor — Du 26 septembre au 1er octobre 2026, la ville de Béjaïa accueille la vingt-et-unième édition de ses Rencontres cinématographiques. Le thème retenu cette année, « le cinéma d'hier pour éclairer celui d'aujourd'hui », résume l'ambition d'une manifestation devenue l'un des rares espaces de débat professionnel sur le septième art en Algérie.
Trente-deux films et une quinzaine de pays
La programmation réunit trente-deux films : sept longs métrages, dix-neuf courts métrages et six documentaires, venus d'une quinzaine de pays. Le format reste celui d'un rendez-vous de cinéphiles plutôt que d'un festival de prestige — pas de tapis rouge, mais des projections suivies de discussions avec les réalisateurs, et une attention particulière portée aux premières œuvres. C'est par ce canal que plusieurs cinéastes algériens de la nouvelle génération ont trouvé leur premier public.
La question de la transmission entre générations de réalisateurs structure cette édition. Elle recoupe un débat récurrent dans le milieu : celui de l'absence d'école nationale de cinéma pleinement opérationnelle, qui oblige de nombreux professionnels à se former à l'étranger ou sur le terrain, au gré des tournages.
« Yasmina », un film de 1961 comme cas d'école
L'événement le plus significatif de la semaine n'est pourtant pas une projection, mais un atelier. Seize participants travailleront pendant six jours sur la restauration numérique de Yasmina, tourné en 1961, l'une des œuvres fondatrices du cinéma algérien. Le film a été numérisé à partir d'une copie conservée à Prague — détail qui dit beaucoup de l'état de conservation du patrimoine filmique national.
Une large partie des bobines algériennes des années 1960 et 1970 est en effet dispersée dans des archives étrangères, héritage des coproductions de l'époque et des circuits de distribution du monde socialiste. Beaucoup de ces copies se dégradent faute de conditions de stockage adaptées, et certaines sont devenues illisibles.
L'atelier de Béjaïa combine trois objectifs : former des techniciens algériens aux techniques de restauration numérique, établir des coopérations avec les institutions étrangères détentrices des copies, et organiser la restitution des films restaurés aux institutions et au public algériens. Ce dernier point est loin d'être formel : un film restauré mais non diffusé reste inaccessible.
Un secteur en quête de modèle économique
Ces initiatives patrimoniales interviennent dans un contexte où la production algérienne cherche un nouveau souffle. Le nombre de salles en activité reste très inférieur à celui des années 1970, et la fréquentation ne permet pas d'amortir un long métrage sur le seul marché intérieur. Les producteurs dépendent largement des financements publics ou des coproductions avec l'Europe, ce qui pèse sur les sujets et les formats.
Plusieurs professionnels plaident pour une réforme du cadre réglementaire — simplification des autorisations de tournage, statut des intermittents, mécanismes de financement pluriannuels — plutôt que pour de nouvelles subventions ponctuelles. La restauration du patrimoine s'inscrit dans cette logique : constituer un catalogue exploitable, valorisable en salles, en festivals et sur les plateformes, plutôt que de repartir chaque fois de zéro.
Un enjeu pour la diaspora
Pour les Algériens de France et d'Europe, ce travail de restauration a une portée particulière. Les films des deux premières décennies de l'indépendance constituent un matériau documentaire sur une période que beaucoup de familles n'ont connue que par les récits. Leur circulation dans les festivals européens, les cinémathèques et les associations culturelles offre un accès direct à cette mémoire visuelle, sans médiation. Plusieurs structures franco-algériennes organisent déjà des cycles de projection du cinéma algérien classique, dont le succès témoigne d'une demande réelle.
Sources : Le Matin d'Algérie, Afrik.com, Ici l'Info, Arab News