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Tunisie : une économie sous pression entre restrictions à l’importation et tensions sociales

Ecrit Par Maglor — Les indicateurs macroéconomiques tunisiens ne racontent pas la même histoire que le quotidien des ménages. C'est le constat qui ressort des analyses publiées en septembre 2026 sur l'état de l'économie du pays : une fragilité structurelle, de fortes tensions sociales et des divisions politiques internes qui se nourrissent mutuellement.

Des restrictions à l'importation aux effets contestés

La politique de restriction des importations, adoptée pour préserver des réserves de change sous tension, produit des effets collatéraux de plus en plus visibles. Plusieurs observateurs alertent sur l'aggravation des pénuries de médicaments, de denrées alimentaires et de produits de première nécessité. Dans les pharmacies comme dans les circuits de distribution, les ruptures de stock sont devenues un fait de vie ordinaire.

Le raisonnement des autorités est compréhensible : limiter les sorties de devises pour éviter une crise de balance des paiements. Mais l'économie tunisienne est profondément insérée dans des chaînes de valeur qui supposent l'importation d'intrants. Restreindre l'accès aux matières premières et aux composants revient souvent à freiner la production nationale elle-même, y compris celle destinée à l'exportation.

Le commerce extérieur envoie des signaux mêlés

Les données douanières françaises apportent un éclairage intéressant : les exportations de la France vers la Tunisie progressent de 10,2 % au premier semestre 2026 en glissement annuel. Une hausse qui traduit à la fois la persistance de la demande tunisienne pour les biens d'équipement européens et la vitalité des relations économiques bilatérales — la France demeurant le premier partenaire commercial du pays.

Dans l'agriculture, la valeur des investissements privés progresse de 2 % sur un an. Une croissance modeste, mais positive dans un contexte de raréfaction du crédit et d'incertitude réglementaire. Le secteur reste l'un des rares à conserver une capacité d'autofinancement et un accès aux marchés extérieurs, notamment pour l'huile d'olive et les dattes.

Une équation politique compliquée

Le gouvernement fait face à des tensions politiques croissantes. Fait notable, l'Assemblée — longtemps considérée comme étroitement alignée sur l'exécutif — exprime désormais des désaccords ouverts sur les orientations économiques. Ces frictions portent notamment sur la gestion des subventions, la fiscalité des entreprises et les arbitrages budgétaires.

Cette recomposition institutionnelle intervient alors que les marges de manœuvre financières sont étroites. Le service de la dette publique absorbe une part croissante des recettes, ce qui limite la capacité d'investissement de l'État et rend chaque décision budgétaire politiquement coûteuse.

Ce que traduit le décalage perçu

Le point le plus régulièrement souligné par les analystes reste ce décalage entre les agrégats et le vécu. Une croissance faiblement positive ne compense pas une inflation qui érode les salaires réels, ni un chômage qui touche particulièrement les jeunes diplômés. Quand les statistiques s'améliorent sans que le pouvoir d'achat suive, la défiance s'installe — à l'égard des chiffres comme des institutions qui les produisent.

Pour la diaspora tunisienne en France et en Europe, cette situation se traduit par une sollicitation accrue : les transferts familiaux jouent un rôle d'amortisseur social que les dispositifs publics n'assurent plus pleinement. Un rôle essentiel, mais qui ne saurait se substituer à une politique économique lisible.

Sources : Direction générale du Trésor (France), presse économique tunisienne.

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