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Maroc-Israël-USA à New York : quand les Accords d'Abraham entrent dans leur phase opérationnelle

Cérémonie de signature des Accords d'Abraham à la Maison-Blanche, septembre 2020

Le 16 septembre 2026, à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, trois ministres se sont réunis autour d'une table qui n'aurait pu exister il y a dix ans : Nasser Bourita pour le Maroc, Gideon Sa'ar pour Israël, et Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis à l'ONU. Le résultat ? Une déclaration trilatérale qui marque un tournant décisif dans la normalisation maroco-israélienne, lancée en décembre 2020 dans le sillage des Accords d'Abraham.

Un sommet au timing symbolique

La réunion s'est tenue le lendemain même du sixième anniversaire des Accords d'Abraham. Ce choix n'est pas anodin. Washington, Rabat et Tel-Aviv ont voulu envoyer un signal clair : la dynamique initiée sous l'ère Trump, relancée sous Biden puis accélérée à nouveau, n'est pas une parenthèse diplomatique mais un projet stratégique de long terme. Six ans après la signature, les trois pays passent des déclarations d'intention aux actes concrets.

Les décisions clés : ambassades, vols, investissements

La déclaration conjointe comprend des engagements mesurables et datés. Premier point structurant : l'élévation des représentations diplomatiques des deux pays au rang d'ambassades de plein exercice, avec échange d'ambassadeurs. Jusqu'à présent, les deux pays maintenaient des bureaux de liaison, signe d'une normalisation partielle. L'ouverture formelle d'ambassades constitue un saut qualitatif majeur.

Deuxième engagement : le rétablissement des vols directs entre le Maroc et Israël — suspendus depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023 — avec l'extension aux compagnies aériennes marocaines, notamment Royal Air Maroc. La date butoir fixée est la fin de l'année 2026, ce qui témoigne d'une volonté politique forte de normaliser les échanges civils.

Troisième volet, économique celui-là : la finalisation d'accords sur la protection des investissements et la prévention de la double imposition d'ici fin 2026. Ces instruments juridiques sont les fondations indispensables à une coopération économique durable et à l'afflux de capitaux israéliens vers le Maroc, particulièrement dans les secteurs technologiques et agricoles.

Une coopération multidimensionnelle en gestation

Au-delà des mesures immédiates, les trois parties ont acté le principe de visites réciproques de haut niveau dans les prochains mois et ont affiché leur ambition d'approfondir la coopération dans un spectre très large : commerce, finance, technologie, tourisme, eau, agriculture, sécurité alimentaire, énergie, télécommunications et sécurité régionale. Ce catalogue ambitieux dessine la feuille de route d'un partenariat stratégique global.

Il faut rappeler que dès janvier 2026, Israël et le Maroc avaient déjà conclu un plan militaire conjoint pour l'année en cours. La dimension sécuritaire de la relation maroco-israélienne précède et accompagne la normalisation diplomatique — elle en constitue, pour certains analystes, le véritable moteur.

Le rôle pivot des États-Unis

La présence de Mike Waltz à cette réunion trilatérale illustre le rôle de garant que Washington entend continuer à jouer dans l'architecture des Accords d'Abraham. Les États-Unis ne sont pas simplement le parrain d'une normalisation passée : ils en sont le catalyseur permanent, offrant à la fois une couverture politique, des garanties sécuritaires et des incitations économiques. Pour le Maroc, la relation avec Washington passe désormais, en partie, par Tel-Aviv — et inversement.

Cette triangulation est également une réponse implicite aux turbulences régionales. La guerre à Gaza, qui avait gelé une grande partie des échanges israélo-marocains pendant près de deux ans, n'a pas fait dérailler la trajectoire de normalisation. Elle l'a ralentie, puis le sommet de New York vient officiellement la relancer.

Analyse : le Maroc joue une carte stratégique à plusieurs niveaux

Pour Rabat, ce sommet s'inscrit dans une stratégie d'influence régionale et internationale cohérente. En maintenant et en approfondissant ses liens avec Israël malgré la pression de la rue arabe, le Maroc affirme son autonomie diplomatique et consolide sa relation spéciale avec Washington — relation dont le prix a été, en décembre 2020, la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Cette posture n'est pas sans risques internes. Une partie de l'opinion publique marocaine reste profondément attachée à la cause palestinienne, et la normalisation avec Israël en pleine guerre à Gaza avait alimenté des tensions sociales réelles. Le gouvernement navigue donc entre deux impératifs : préserver les acquis diplomatiques stratégiques et gérer la sensibilité populaire. Le rétablissement des vols et l'ouverture des ambassades pourraient raviver ce débat.

Conclusion : un nouveau chapitre, pas une page blanche

Le sommet de New York du 16 septembre 2026 n'est pas une rupture mais une accélération. Il confirme que les Accords d'Abraham ont acquis une dynamique propre, indépendante des alternances électorales. Pour le Maroc, Israël et les États-Unis, ce trilogue diplomatique est entré dans sa phase de maturité opérationnelle. Les prochains mois — avec les échanges d'ambassadeurs, les vols rouverts et les accords économiques à finaliser — diront si cette maturité se traduit par des réalités tangibles pour les populations des trois pays.

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