Écrit par la rédaction Maglor.fr - Les transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE) ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, soit près de 8% du PIB national. Ces fonds soutiennent des millions de familles. Mais une question s'impose : comment les transformer en véritable moteur de développement économique pour les territoires ruraux ?
De la bouée de sauvetage à l'investissement
C'est le débat central d'une rencontre de haut niveau organisée à Rabat le 11 juin, à l'occasion de la Journée internationale des envois de fonds à la famille. Le thème retenu : «Envois de fonds pour la résilience rurale, l'entrepreneuriat et l'emploi». Alvaro Lario, président du Fonds international de développement agricole (FIDA), a posé le cadre : «Les transferts doivent devenir une voie vers l'épargne, l'investissement, l'entrepreneuriat et la prospérité», notamment dans les zones rurales où les besoins restent les plus importants.
Le monde rural en première ligne
Abderrahim Bouazza, directeur général de Bank Al-Maghrib, a rappelé que les territoires ruraux font face à des défis croissants : sécheresses répétées, précarité de l'emploi, vulnérabilité économique. Les transferts des MRE constituent un facteur de stabilité majeur, mais leur potentiel reste largement inexploité. Il a plaidé pour un renforcement des outils financiers — épargne, crédit, assurance, services numériques — pour transformer ces flux en capital productif. Redouane Arrach, secrétaire général du ministère de l'Agriculture, a avancé un chiffre révélateur : le montant des transferts est comparable à la valeur ajoutée agricole annuelle produite par le Maroc.
La France, premier pays expéditeur
La communauté marocaine en France représente 31% des transferts reçus par le Maroc, soit environ 3,3 milliards d'euros par an. Charles Thépaut, chef de mission adjoint à l'ambassade de France, a souligné qu'au-delà des chiffres, «à chaque bout de la chaîne, il y a une histoire, il y a une famille». Il a insisté sur la nécessité de préserver la fluidité de ces canaux, notamment face aux nouvelles exigences de la directive européenne CRD6.
Le numérique comme levier
L'Union européenne et le FIDA soutiennent le programme DigitRemit Maroc, qui vise à réduire les coûts des transferts et à connecter les bénéficiaires aux services financiers digitaux. L'objectif est d'élargir l'accès à l'épargne, au crédit et à l'assurance pour les populations rurales, afin que chaque dirham envoyé depuis l'étranger contribue aussi à construire les emplois de demain.
Ne pas oublier la dimension humaine
Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), a rappelé que derrière les chiffres se cachent «des centaines de milliers de petits envois» qui traduisent un attachement profond aux familles et aux territoires d'origine. Il a évoqué le poète amazigh Lhadj Belaïd qui, dès les années 1930, chantait déjà les ouvriers partis en France et l'argent envoyé aux leurs. «Ces sommes disent l'affection portée à la famille malgré l'éloignement», a-t-il souligné. Près d'un siècle plus tard, la logique reste la même, même si les montants et les outils ont changé d'échelle.
LIRE AUSSI :
Royal Air Maroc inaugure un vol direct Casablanca–Los Angeles
Une nouvelle liaison aérienne directe entre Casablanca et Los Angeles, inaugurée le 7 juin 2026, qui rapproche la diaspora marocaine des États-Unis.
