Ecrit Par Maglor — Les Marocains résidant à l'étranger (MRE) injectent chaque année des sommes considérables dans l'économie du Royaume, mais ils n'ont toujours pas de représentants dédiés à la Chambre des représentants. Lors des législatives du 23 septembre 2026, aucun des 395 sièges n'était réservé à une circonscription à l'étranger.
Un poids économique, pas de poids électoral direct
Environ six millions de Marocains vivent hors du pays. Leurs transferts ont atteint 122,02 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 2,6 % par rapport aux 118,98 milliards de 2024. À fin juillet 2026, ils s'élevaient à 74,788 milliards, soit 8,1 % de plus qu'un an auparavant. Pourtant, entre 1984 et 1992, seuls cinq députés avaient été élus dans des circonscriptions à l'étranger, un système abandonné puis jamais rétabli.
Comment les MRE ont-ils pu voter ?
Les MRE inscrits sur les listes électorales votent dans leur circonscription d'origine, en se rendant au Maroc ou en donnant procuration à un électeur inscrit sur le territoire. Une nouvelle plateforme, E-Procuration, permet de créer et de valider ces procurations en ligne, chaque personne ne pouvant recevoir qu'une seule procuration d'un MRE. L'inscription a eu lieu du 15 mai au 13 juin 2026, en ligne ou dans les consulats. Dans les faits, l'usage de la procuration reste très faible, selon des rapports du Conseil national des droits de l'Homme cités par le chercheur Abdelkrim Belguendouz.
Les propositions des partis
Le PPS défend la création de circonscriptions à l'étranger, avec les consulats comme lieux d'inscription, de vote et de dépouillement. Le PJD propose une liste nationale dédiée aux Marocains du monde. Une proposition de l'Istiqlal en 2021 pour une participation directe a été écartée, de même qu'un scénario envisageant 425 sièges, dont une trentaine pour les MRE et des experts. Aucune de ces pistes n'a été retenue pour le scrutin de septembre. Les autorités ont enregistré 1 850 listes et 7 288 candidatures, aucune dans une circonscription à l'étranger.
Un levier financier, mais pas de représentation
Les partis perçoivent un financement public renforcé pour chaque siège gagné par un MRE dans une circonscription locale : le multiplicateur est passé de cinq à six fois le montant de base d'une candidature. Cette mesure encourage les candidatures de la diaspora sans résoudre la question de la représentation à l'étranger.
Le rôle du CCME en question
Le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, organe consultatif créé en 2007 et reconnu par la Constitution de 2011, est composé de membres nommés et non élus. En novembre 2024, le roi avait annoncé une réforme du Conseil, une nouvelle loi et la création d'une Fondation Mohammedia pour les MRE. Les pages officielles décrivent encore cette fondation au futur.
Avec les élections locales et régionales reportées à 2027, le débat sur la représentation de la diaspora devrait rester d'actualité, en France comme dans le reste de l'Europe.