Ecrit Par Maglor — Pour une partie des nouvelles générations de Marocains résidant à l'étranger, quitter l'Europe pour s'installer au Maroc n'est plus un simple rêve de vacances. Selon une enquête relayée par le site Bladi.net, ce projet de retour séduit, mais se heurte à des obstacles très concrets : niveau des salaires, scolarité des enfants, accès aux soins et complexité des démarches administratives. Ces freins expliquent pourquoi beaucoup de jeunes MRE restent, au final, de l'autre côté de la Méditerranée.
Un attachement réel au pays d'origine
Les travaux menés ces dernières années sur la diaspora montrent que l'attachement des jeunes générations au Maroc est solide, même s'il s'exprime souvent par le prisme des vacances d'été et de la famille. Une étude réalisée dans le cadre du projet Sharaka, initiative conjointe du ministère chargé des MRE et d'Expertise France, portait sur la France, la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas. Elle constatait que le désir de s'installer au Maroc était plus marqué en France et aux Pays-Bas qu'en Allemagne et en Belgique, et que le retour définitif n'était plus seulement lié à la retraite, mais aussi à des projets générateurs de revenus. Il convient toutefois de rappeler que cette étude date de 2016 et que le contexte économique a depuis évolué.
Les salaires, premier obstacle
Le premier frein évoqué est l'écart de rémunération. Un jeune cadre ou un technicien diplômé en France ou en Belgique gagne nettement plus que ce que lui proposerait, à compétence égale, un employeur marocain, sauf dans quelques secteurs porteurs comme l'offshoring, l'ingénierie ou la finance. Le retour suppose donc souvent de renoncer à une partie de son niveau de vie ou de monter son propre projet, ce qui implique un capital et une bonne connaissance du terrain.
Scolarité et santé : les inquiétudes des familles
Pour les couples avec enfants, la question de l'école pèse lourd. Beaucoup de familles s'interrogent sur l'adaptation d'élèves scolarisés dans le système français, sur la maîtrise de l'arabe et sur le coût des établissements privés ou des écoles de la mission française. L'accès aux soins constitue un autre point sensible : si le secteur privé marocain offre des prestations de qualité dans les grandes villes, il reste onéreux, et la généralisation de la couverture sociale n'efface pas toutes les inégalités.
Des démarches qui découragent
Les lourdeurs administratives figurent depuis longtemps parmi les griefs des MRE. L'étude Sharaka citait déjà la méconnaissance de la réglementation, les problèmes de foncier, le manque de reconnaissance du statut des MRE et les difficultés d'accès au financement. Elle relevait aussi un déficit d'information de l'administration, notamment dans les régions. Pour un jeune qui souhaite créer une entreprise ou acquérir un bien, ces obstacles peuvent suffire à repousser le projet.
Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
Les pistes sont connues : guichets uniques pour les porteurs de projets, information claire en ligne et dans les consulats, accompagnement financier et reconnaissance des diplômes obtenus à l'étranger. Plusieurs initiatives en faveur de l'entrepreneuriat de la diaspora existent déjà, mais leur visibilité reste limitée.
Pour la jeune génération, la décision du retour se prépare des années à l'avance, par des séjours réguliers, des contacts professionnels et une connaissance précise des règles. Réussir cette transition, c'est aussi une chance pour le Maroc, qui gagnerait à capter les compétences, les réseaux et l'énergie d'une diaspora souvent plus diplômée que celle de ses parents.