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Le Monde tire la sonnette d'alarme : 700 médecins marocains quittent le pays chaque année

Ce n'est pas Maglor.fr qui le dit — c'est Le Monde.

Dans une enquête publiée le 8 juillet 2026 sous le titre « Au Maroc, l'alarmante fuite des médecins », le quotidien français de référence lève le voile sur une hémorragie silencieuse qui fragilise le système de santé marocain : environ 700 médecins quittent le Royaume chaque année, soit près d'un tiers de chaque promotion diplômée.

Un déficit abyssal

Le chiffre est d'autant plus inquiétant qu'il se superpose à un manque structurel colossal. Selon un rapport du ministère de la Santé publié en juin, le Maroc aurait besoin de 83 000 professionnels de santé pour la période 2025-2026, dont 28 000 médecins. Avec seulement 7,3 médecins pour 10 000 habitants, le Maroc est très loin du seuil recommandé par l'OMS, fixé à 23 professionnels pour 10 000 habitants.

"Je ne connais personne qui veut rester"

Le Monde donne la parole à Nour, étudiante en septième année de médecine à Oujda. Elle raconte une nuit de garde où un patient est décédé d'un arrêt cardiaque : « J'ai couru pendant quinze minutes dans les couloirs à la recherche d'adrénaline à injecter. Il n'y en avait nulle part. » Elle travaillait dans un CHU — un établissement de référence. « En première année, peut-être 30 % d'entre nous prévoyaient de partir. Aujourd'hui, je ne connais personne qui veut rester. »

Pas seulement l'argent

Djamila Chekrouni, économiste spécialisée en dynamiques migratoires à l'Université Mohammed V de Rabat, nuance l'idée reçue : « Les médecins ne quittent pas seulement un pays pour un meilleur salaire. Ils fuient un système qui ne leur offre ni perspectives professionnelles suffisantes, ni conditions de travail à la hauteur de leurs compétences. »

La France reste la première destination, suivie du Canada, de la Belgique, de l'Allemagne et des pays du Golfe — tous en déficit de médecins et pratiquant un recrutement actif au Maroc.

Ceux qui reviennent... et repartent

Le journal raconte aussi le cas de Kaoutar, 29 ans, revenue au Maroc en 2024 après deux ans de spécialisation en médecine de famille aux États-Unis. Elle travaille désormais en remplacement dans des zones rurales. « Là où les besoins sont les plus grands, l'infrastructure sanitaire n'est pas adéquate », confie-t-elle. « On travaille dans un système de bricolage. » Deux ans après son retour, elle continue de postuler à l'étranger. « Je ne pars pas pour l'argent. Je pars juste pour pouvoir exercer mon métier correctement. »

Ce que le gouvernement fait

Le budget 2026 alloue 140 milliards de dirhams à la santé et à l'éducation nationale — une hausse de 16 % — avec la création de plus de 27 000 postes budgétaires. Six nouveaux CHU sont en construction, dont le CHU Mohammed VI d'Agadir déjà opérationnel. Quinze projets hospitaliers doivent être livrés en 2026, ajoutant environ 3 000 lits supplémentaires. Les capacités de formation médicale ont été portées de 2 650 places en 2019 à 6 414 en 2025.

Le vrai défi

Chekrouni résume l'équation : « Le vrai défi n'est pas d'empêcher les médecins de partir, mais de créer les conditions qui leur donnent envie de rester — ou de revenir. »

Pour la diaspora marocaine en Europe, ce reportage du Monde résonne avec une acuité particulière. Beaucoup connaissent ces médecins partis exercer à Paris, Bruxelles ou Montréal — des compatriotes formés au Maroc, payés par le contribuable marocain, et qui soignent aujourd'hui des patients européens. La question n'est pas morale. Elle est systémique. Et elle appelle des réponses à la hauteur.

Source : Le Monde Afrique, 8 juillet 2026

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