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Le Maroc sort de la sécheresse : une embellie hydrique aux effets structurants

 

Maglor - Après plusieurs années de stress hydrique aigu, le Maroc enregistre une nette amélioration de sa situation en eau. Grâce à des précipitations excédentaires et à des chutes de neige exceptionnelles, le Royaume dépasse officiellement le stade de la sécheresse, selon le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka.

Répondant à des questions orales au Parlement, Nizar Baraka a présenté un tableau nettement plus rassurant de la situation hydrique nationale. Entre le 1er septembre et le 12 janvier, les précipitations cumulées ont atteint 108 mm, soit un excédent de 95 % par rapport à la même période de l’année précédente et de 17,6 % par rapport à la moyenne habituelle.

« Une année est considérée comme sèche lorsque le déficit pluviométrique dépasse 20 % par rapport à la moyenne. Or, cette année, nous enregistrons un excédent positif », a souligné le ministre, estimant que le Maroc a désormais dépassé le stade de la sécheresse, après plusieurs années consécutives marquées par une raréfaction préoccupante des ressources en eau.

Des chutes de neige exceptionnelles

Cette embellie est largement attribuée aux importantes chutes de neige enregistrées récemment, qualifiées d’exceptionnelles. Elles ont couvert une superficie estimée à 55.495 km², avant de se stabiliser autour de 25.000 km², avec des hauteurs atteignant un à deux mètres dans les zones montagneuses situées à plus de 2.500 mètres d’altitude. Ces apports jouent un rôle clé dans l’alimentation progressive des nappes et des barrages.

Des barrages nettement mieux remplis

L’impact sur les réserves hydriques est significatif. Le taux de remplissage des barrages est passé de 28 % à la même période l’an dernier à 46 % actuellement, représentant un volume de 7,7 milliards de mètres cubes. Les apports cumulés depuis le 1er septembre 2025 ont atteint 3,5 milliards de m³, dont 3,1 milliards de m³ au cours du seul dernier mois, a précisé le ministre.

Plusieurs bassins hydrauliques affichent désormais des niveaux particulièrement élevés. Huit bassins enregistrent des taux de remplissage compris entre 80 % et 100 %, notamment ceux du Loukkos et du Sebou, où plusieurs barrages majeurs frôlent ou atteignent leur capacité maximale.

Le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, principal réservoir alimentant Rabat et Casablanca, affiche ainsi un taux de remplissage de 92 %, ce qui a nécessité des lâchers d’eau préventifs pour éviter tout dépassement de capacité. Au total, 37 petits barrages ont dépassé les 100 % de remplissage, entraînant également des opérations de délestage.

Une marge de manœuvre, mais une vigilance maintenue

Selon Nizar Baraka, ces apports hydriques permettent au Maroc de gagner en moyenne une année d’eau potable à l’échelle nationale, offrant une marge de sécurité appréciable face aux aléas climatiques. Pour autant, le ministre a insisté sur la nécessité de maintenir les efforts structurels engagés.

Le gouvernement poursuit ainsi le déploiement de la stratégie de dessalement de l’eau de mer, avec le lancement de nouvelles stations à Nador, Driouch et Tanger, et la programmation d’autres projets à Souss-Massa, Tiznit, Guelmim, Tan-Tan et Rabat dès l’année prochaine.

Parallèlement, les projets de connexion entre bassins hydrauliques, inscrits dans le cadre de l’« autoroute de l’eau », se poursuivent conformément aux Hautes Orientations Royales. Ils prévoient notamment l’extension des transferts depuis les bassins d’Oued Laou et du Loukkos vers Oum Er-Rbia, ainsi que le lancement, dès cette année, de la connexion du Sebou aux bassins du Bouregreg et d’Oum Er-Rbia.

Un tournant, sous le signe de la prudence

Cette dynamique marque un tournant majeur dans la gestion de l’eau au Maroc, après une période prolongée de vulnérabilité hydrique. Elle rappelle toutefois que, dans un contexte de changement climatique, la vigilance et l’anticipation demeurent indispensables pour garantir la sécurité hydrique du Royaume à long terme.

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