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Italie, Espagne : deux grandes portes d'entrée légale s'ouvrent pour les Maghrébins

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Pendant que le débat migratoire français se concentre sur la restriction, deux pays du sud de l'Europe ont ouvert en 2026 des dispositifs d'entrée et de régularisation d'une ampleur inédite. L'Italie a programmé 500 000 quotas de travail extra-européens sur 2026-2028 ; l'Espagne a lancé en janvier une régularisation extraordinaire pouvant concerner jusqu'à 500 000 personnes. Les ressortissants maghrébins figurent parmi les premiers concernés.

Italie : 164 850 quotas pour la seule année 2026

Le décret sur les flux migratoires 2026-2028, publié le 15 octobre 2025, fixe un volume total de 500 000 autorisations d'entrée pour motif de travail. Pour 2026, le contingent s'élève à 164 850 places — à comparer aux 30 850 de 2019. L'ordre de grandeur a donc été multiplié par plus de cinq en sept ans, sous un gouvernement dont le discours sur l'immigration irrégulière est par ailleurs très ferme. La logique est explicitement économique : l'Italie affronte un déficit démographique et des pénuries de main-d'œuvre que l'offre intérieure ne comble pas.

Plus de la moitié des permis de la période (54 %) sont destinés à des travailleurs saisonniers, orientés vers l'agriculture et le tourisme. Le reste couvre le travail non saisonnier — soins à la personne, transport routier, bâtiment, hôtellerie-restauration — et le travail indépendant.

La répartition géographique privilégie les pays coopérants : 25 000 permis sont réservés aux ressortissants d'une quarantaine d'États déjà liés à Rome par des accords, et 18 000 places supplémentaires sont destinées aux pays qui signeront de nouveaux accords de coopération migratoire dans l'année. Cette conditionnalité — accès aux quotas en échange de coopération sur les réadmissions et le contrôle des départs — constitue le cœur du dispositif italien. La Tunisie s'est vu octroyer des contingents ciblés, notamment dans la construction, et le Maroc figure parmi les partenaires historiques du mécanisme.

Espagne : près de 40 000 demandes algériennes

Le 27 janvier 2026, le gouvernement espagnol a adopté par décret royal une régularisation extraordinaire visant les personnes en situation administrative irrégulière ainsi que celles engagées dans une procédure de protection internationale. Les estimations officielles évoquaient jusqu'à 500 000 bénéficiaires potentiels.

La période de dépôt s'est refermée le 30 juin. Les premiers chiffres disponibles montrent l'ampleur de la participation maghrébine : près de 40 000 Algériens ont déposé une demande. Ce volume s'explique par l'importance de l'immigration algérienne récente vers l'Espagne, arrivée en partie par la voie maritime depuis l'ouest algérien, et par l'ancienneté des situations irrégulières — nombre de demandeurs travaillaient déjà dans l'agriculture d'Almería ou de Murcie, la restauration ou les services domestiques.

Le dispositif espagnol pose toutefois des conditions de durée de présence et de preuve d'insertion qui écartent une partie des candidats. L'instruction des dossiers s'étale sur plusieurs mois, et les taux de refus ne sont pas encore connus.

Un contraste avec la trajectoire française

Ces deux ouvertures interviennent au moment où la France resserre ses procédures : durcissement de l'examen civique, hausse des tarifs de titres de séjour, ciblage plus étroit des métiers en tension. Le contraste ne relève pas d'une divergence idéologique mais de structures économiques et démographiques différentes. L'Italie et l'Espagne ont besoin de main-d'œuvre dans des secteurs peu attractifs et vieillissent plus vite ; la France dispose encore d'une démographie moins dégradée et d'un débat politique plus contraint sur ce terrain.

Ce que cela change concrètement

Pour un candidat maghrébin à la migration légale, l'arbitrage se déplace. Les quotas italiens exigent un employeur identifié et une procédure engagée depuis le pays d'origine, avec un risque documenté d'intermédiaires abusifs facturant des services fictifs. La régularisation espagnole, elle, s'adressait à des personnes déjà présentes sur le territoire, et sa fenêtre est désormais fermée.

Pour ceux qui résident déjà dans l'Union, ces dispositifs rappellent que la mobilité intra-européenne reste conditionnée à l'obtention d'un statut stable dans un premier État membre. Une régularisation espagnole ou un permis italien n'ouvrent pas automatiquement le droit de travailler en France, mais ils enclenchent un parcours vers le titre de résident de longue durée, qui, lui, élargit les possibilités.

Sources : Le Grand Continent, Policy Center for the New South, InfoMigrants, AllAfrica

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