Par Maglor.fr - Le 28 juillet 2026, l'Assemblée populaire nationale algérienne s'est choisi une présidente. Une première depuis sa création en 1977. À 44 ans, cette médecin allergologue devient le quatrième personnage de l'État. Vue de la diaspora, une image forte — et une question qui reste entière.
Il y a des jours où une photo suffit. Celle du 28 juillet montre une femme au perchoir de l'Assemblée populaire nationale (APN), à Alger. Rien de spectaculaire en apparence. Sauf que depuis 1977, année de création de l'institution, aucune femme n'y avait jamais siégé à cette place.
Khalida Boufedeche, députée du Front de libération nationale (FLN), a été élue ce mardi à la présidence de la chambre basse du Parlement algérien. Elle devient, par le protocole, le quatrième personnage de l'État.
Une trajectoire qui commence à l'hôpital
Née le 27 mai 1982, Khalida Boufedeche n'a pas commencé en politique. Diplômée de la faculté de médecine d'Alger, elle se spécialise en allergologie et en immunologie clinique, puis exerce comme praticienne spécialiste au CHU de Béni Messous. Depuis 2023, elle occupait un poste de cheffe de service à la Direction de la santé et de la population de la wilaya d'Alger.
Beaucoup de familles de la diaspora connaissent ce parcours de l'intérieur : la médecine comme voie royale, l'hôpital public comme école de patience. Ce qui distingue Khalida Boufedeche, c'est ce qu'elle en a fait ensuite.
Son engagement politique s'enracine d'abord dans sa commune, Bordj El Bahri, à l'est d'Alger — cette bande côtière que tant de familles franco-algériennes retrouvent chaque été. Élue à l'Assemblée populaire communale, puis à l'Assemblée populaire de la wilaya d'Alger, elle décroche son premier mandat national aux législatives du 2 juillet 2026. Membre du comité central du FLN, elle accède au perchoir dès son arrivée dans l'hémicycle.
Le contexte, moins photogénique
Le FLN, parti historique de l'indépendance, est arrivé en tête du scrutin avec 91 sièges sur 407. Deux autres candidats briguaient la présidence de l'APN : un député du Mouvement de la société pour la paix (MSP), première formation islamiste avec 43 sièges, et un élu du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïc.
Mais le chiffre qui donne la vraie mesure de l'événement est ailleurs. Sur 407 sièges, 25 seulement sont occupés par des femmes, soit 6,14 %. Autrement dit : l'Algérie se dote de sa première présidente d'Assemblée au moment précis où les femmes n'ont jamais été aussi peu nombreuses dans cet hémicycle.
Le scrutin a par ailleurs été marqué par une abstention record, qui pèse sur la légitimité de la nouvelle législature.
Ce que ça dit à la diaspora
Depuis Paris, Marseille, Bruxelles ou Montréal, l'événement se lit à deux niveaux.
Le premier est immédiat et légitime : une femme algérienne préside le Parlement de son pays. Pour des générations de filles nées ici de parents partis de là-bas, l'image compte. Elle vient s'ajouter à une liste courte mais qui s'allonge — dans la médecine, la recherche, les arts, l'entrepreneuriat — de femmes maghrébines à des postes que l'on disait fermés.
Le second niveau est plus exigeant. Un symbole ne fait pas une politique. La question que se posent déjà les observateurs, à Alger comme dans la diaspora, est simple : cette élection ouvre-t-elle une séquence, ou restera-t-elle une exception isolée dans un système où la représentation féminine recule depuis l'abandon des quotas ?
La réponse ne dépendra pas d'une seule femme. Elle dépendra de ce que la nouvelle présidente parviendra à faire d'un hémicycle fragmenté, où son parti n'a pas la majorité absolue, et de ce que les partis décideront — ou non — de changer dans leurs pratiques d'investiture.
En attendant, la photo du 28 juillet est là. Et elle ne s'effacera pas.
Khalida Boufedeche, Algérie, Assemblée populaire nationale, FLN, femmes, diaspora algérienne