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Tunisie : une crise multidimensionnelle qui secoue le pays

Tunisie-Crise Multidimentionnelle

Maglor.fr - La Tunisie traverse depuis plusieurs mois une crise profonde qui touche tous les aspects de la vie des citoyens : pénuries d'eau et d'électricité, difficultés économiques chroniques, répression politique et colère sociale grandissante. Cinq ans après les mesures d'exception du président Kaïs Saïed, le pays est à bout de souffle.

« Ni eau, ni électricité, ni liberté »

L'été 2026 a été marqué par une crise électrique grave, survenant dans un contexte de canicule exceptionnelle avec des températures dépassant les 49°C dans certaines régions. Les coupures de courant, parfois de plusieurs heures par jour, ont provoqué des décès — entre 150 et 200 morts seraient liés à la chaleur depuis le début des coupures —, des pertes économiques massives et un quotidien rendu insupportable pour des millions de familles.

À ces coupures s'ajoutent des pénuries d'eau potable et des ruptures de stock de certains produits alimentaires de base et de médicaments. Des files d'attente se forment régulièrement devant les épiceries et les pharmacies. Le slogan « Ni eau, ni électricité, ni liberté » a résonné lors des manifestations qui ont éclaté dans plusieurs régions du pays.

Mobilisations et manifestations

Le 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont organisé une manifestation à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics. Le 21 août, les opposants à Kaïs Saïed ont à nouveau défilé dans les rues de la capitale. Ces mobilisations reflètent une colère sociale qui dépasse les clivages politiques : ce sont désormais des citoyens ordinaires, épuisés par les coupures et les pénuries, qui descendent dans la rue.

Al Jazeera évoque une « colère qui mijote sous un calme forcé » : si les grandes manifestations restent rares, la grogne est palpable dans les marchés, les cafés et les réseaux sociaux tunisiens.

Une économie en crise structurelle

Le tableau économique est sombre. Le chômage atteint 15% au premier trimestre 2026 et frappe particulièrement les jeunes diplômés. Près de 93% des recettes fiscales de l'État sont absorbées par la masse salariale, les intérêts de la dette et les subventions, ne laissant pratiquement aucune marge pour l'investissement public.

Le déficit budgétaire continue de se creuser, le dinar tunisien s'est déprécié, et l'accès aux financements internationaux reste compliqué après l'échec des négociations avec le FMI. La dette publique dépasse 90% du PIB, et les remboursements d'emprunts extérieurs pèsent lourdement sur les finances de l'État.

Répression politique et verrouillage de l'espace civique

Sur le plan politique, le gouvernement de Kaïs Saïed poursuit sa politique de centralisation du pouvoir. Des opposants, des journalistes, des juges et des militants associatifs continuent d'être arrêtés ou poursuivis en justice. Les organisations de la société civile considérées comme proches de l'étranger font l'objet de suspensions et de procédures visant à les fermer définitivement.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent un verrouillage draconien de l'espace civique. Human Rights Watch et Amnesty International ont multiplié les alertes sur la situation des libertés en Tunisie. Cette répression, combinée à l'absence de perspectives économiques, alimente l'émigration clandestine : de nombreux jeunes Tunisiens tentent la traversée vers l'Europe, notamment vers les côtes italiennes.

Une diaspora tunisienne inquiète

Pour les Tunisiens résidant à l'étranger, ces développements sont suivis avec une profonde inquiétude. Beaucoup envoient régulièrement de l'argent à leur famille restée au pays pour faire face aux difficultés du quotidien. Les transferts de fonds des expatriés constituent une bouée de sauvetage pour des centaines de milliers de foyers tunisiens, dans un pays où l'État peine à assurer les services les plus essentiels.

La question tunisienne est désormais au cœur des préoccupations de nombreuses ONG et gouvernements étrangers, qui surveillent l'évolution d'un pays qui fut le symbole du Printemps arabe, et qui risque aujourd'hui de basculer vers une instabilité durable.

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