Ecrit par la rédaction Maglor.fr - En Tunisie, le rythme des retours de migrants subsahariens en situation irrégulière ne cesse de s'accélérer. Des vols de rapatriement ont lieu désormais « quasiment tous les jours », a révélé à l'AFP Houcem Eddine Jebabli, porte-parole de la Garde nationale, alors que près de 5 000 migrants sont repartis en un an dans le cadre du programme gouvernemental de « retour volontaire » lancé en juillet 2025.
Un programme qui monte en puissance
Des journalistes de l'AFP ont pu observer mardi à l'aéroport de Tunis-Carthage des dizaines de migrants — en majorité de jeunes hommes arborant des masques noirs, accompagnés de quelques femmes et enfants — munis de sacs à dos et de valises à roulette, en attente d'embarquement. Ce jour-là, 91 personnes au total ont été reconduites vers plusieurs pays d'Afrique subsaharienne. Le porte-parole a retracé l'évolution du dispositif : « initialement un vol par mois, puis deux, puis un par semaine, puis deux », et aujourd'hui des vols quasi-quotidiens. Ces opérations sont distinctes du programme de retour volontaire géré par l'OIM (Organisation internationale pour les migrations), qui a de son côté assuré le retour d'environ 27 000 personnes sur trois ans.
Un camp de transit près de Sfax
Le processus gouvernemental s'appuie sur des campagnes de recensement menées sur les marchés, auxquelles s'ajoutent un numéro vert et des contacts directs avec des responsables du camp de retour volontaire. Ce camp, où s'effectuent les vérifications d'identité, est situé « au kilomètre 21, près d'El Amra », au nord de Sfax. Cette zone avait connu à l'automne 2023 le regroupement de dizaines de milliers de migrants dans des conditions précaires, après avoir été chassés de plusieurs grandes villes tunisiennes. Des sources humanitaires ont toutefois dénoncé auprès de l'AFP des arrestations arbitraires ces dernières semaines, des migrants ayant été emmenés dans des bus vers des destinations inconnues — des allégations que les autorités réfutent, insistant sur le caractère volontaire de la démarche.
Le contexte d'une politique migratoire radicalisée
La situation actuelle s'inscrit dans une politique migratoire marquée par un tournant brutal. Au printemps 2023, le président Kais Saied avait dénoncé la présence de « hordes de migrants illégaux » venus d'Afrique subsaharienne pour « changer la composition démographique » de la Tunisie. Ce discours avait déclenché une vague de violences anti-migrants, décrite par les ONG comme une « chasse aux Noirs », conduisant au rapatriement d'urgence de milliers de personnes par leurs pays d'origine et à la fuite de milliers d'autres vers l'Italie. Depuis lors, un accord signé à l'été 2023 entre Tunis et l'Union européenne, prévoyant un financement européen de la lutte contre l'immigration clandestine, a considérablement réduit les flux migratoires depuis les côtes tunisiennes.
LIRE AUSSI :
![]() | France : l'exécutif remet le dossier immigration sur le métier Le gouvernement français relance le débat sur l'immigration avec de nouvelles mesures législatives visant à durcir les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire. Une initiative qui s'inscrit dans un contexte de tensions politiques autour de la question migratoire en Europe. |
