Maglor - Attendue à l'automne 2026, la visite d'État du Roi Mohammed VI à Paris s'annonce comme bien plus qu'un déplacement protocolaire. Elle devrait consacrer la signature d'un traité franco-marocain d'exception — le premier du genre conclu par la France avec un pays non européen — et marquer l'entrée des deux pays dans une nouvelle ère de leur relation bilatérale. Décryptage d'un rapprochement stratégique majeur.
De la crise au partenariat renforcé : un chemin semé d'embûches
Pour comprendre la portée de cette visite, il faut rappeler d'où vient la relation franco-marocaine. Entre 2021 et 2024, les deux pays ont traversé l'une des périodes les plus tendues de leur histoire commune. La réduction drastique des visas accordés aux ressortissants marocains, décidée par Paris dans un contexte de bras de fer migratoire, avait provoqué un vif refroidissement. Les divergences sur la question du Sahara marocain, perçues à Rabat comme une position ambiguë de Paris, avaient encore alourdi l'atmosphère.
Le basculement s'est opéré en juillet 2024, lorsque la France a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara — un signal diplomatique fort que Rabat attendait depuis des années. Cette décision a ouvert la voie à la visite d'État d'Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024, étalée sur trois jours, marquée par un accueil populaire et officiel remarquable, et ponctuée d'un discours devant le Parlement marocain dans lequel le président français a réaffirmé le soutien de Paris à l'initiative d'autonomie portée par le Royaume.
Un traité inédit, inspiré des grands modèles européens
Le projet de traité franco-marocain en cours de finalisation n'a pas d'équivalent dans l'histoire diplomatique récente de la France avec le monde arabe ou africain. Inspiré du Traité de l'Élysée conclu entre la France et l'Allemagne en 1963 — qui a fondé la réconciliation franco-allemande après-guerre — et du Traité du Quirinal signé avec l'Italie en 2021, il vise à inscrire la coopération bilatérale dans un cadre institutionnel durable, à l'abri des alternances politiques et des crises conjoncturelles.
Une commission mixte de douze personnalités de haut rang a été constituée pour en définir l'architecture. Côté marocain, on y trouve notamment Chakib Benmoussa, haut-commissaire au Plan et ancien ambassadeur à Paris, Mounia Boucetta, secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères, et Mustafa Terrab, PDG du groupe OCP. La délégation française réunit pour sa part l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, l'ex-garde des Sceaux Élisabeth Guigou et Jean-Louis Guigou, président de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen. Des profils qui disent tout de l'ambition commune : construire quelque chose qui dure.
Un agenda stratégique multidimensionnel
Le futur traité couvrira un spectre volontairement large : défense et sécurité, cybersécurité, aéronautique, énergie, gestion des migrations, coopération culturelle et éducative. Concrètement, Paris s'est engagé à soutenir le développement des provinces du Sud du Maroc, avec un rôle actif de l'Agence Française de Développement (AFD). La France a par ailleurs annoncé l'ouverture d'un centre de visas à Laâyoune et la création d'une Alliance française dans les provinces sahariennes — un geste diplomatique autant que symbolique.
Sur le plan multilatéral, Paris s'est engagé à soutenir l'initiative d'autonomie marocaine au sein des Nations unies et de l'Union européenne, conférant à ce traité une dimension géopolitique qui dépasse largement le cadre bilatéral.
La visite royale : un acte fondateur
La visite d'État de Mohammed VI à Paris, prévue à l'automne 2026, devrait coïncider avec la signature officielle du traité et constituer le moment symbolique fort de cette recomposition diplomatique. Elle sera précédée, en juillet 2026, d'une réunion de la haute commission bilatérale au niveau des Premiers ministres — un format inédit qui traduit la volonté des deux capitales de donner une traduction institutionnelle et régulière à leur rapprochement.
Pour la France, ce traité représente un recalibrage de sa politique africaine à l'heure où son influence sur le continent recule. Nouant un partenariat d'exception avec le Maroc — première puissance émergente d'Afrique du Nord, co-organisateur du Mondial 2030 — Paris entend préserver un ancrage stratégique précieux dans une région en pleine recomposition.
Pour le Maroc, c'est la consécration diplomatique d'une décennie de montée en puissance. Reconnu sur le dossier du Sahara, partenaire de rang par la principale puissance européenne méditerranéenne, le Royaume se positionne plus que jamais comme un pivot incontournable entre l'Europe, l'Afrique et le monde arabe.
La visite de Mohammed VI à Paris ne sera pas seulement une page de protocole. Ce sera l'acte fondateur d'un axe Rabat-Paris repensé, reconstruit, et pensé pour durer.