Une fuite de données d'une ampleur inédite vient d'ébranler les services de sécurité marocains. Le groupe de hackers Jabaroot a mis en ligne, lundi 24 août 2026, quatre fichiers tableur répertoriant les noms d'environ 70 000 membres présumés des forces de sécurité et de renseignement du royaume. Ces données ont été diffusées sur Telegram, accompagnées de la mention que les personnels ciblés seraient « en poste en Europe et au sein d'institutions stratégiques marocaines ».
Selon les informations du Monde, Jabaroot serait composé de cinq anciens agents de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), aujourd'hui exilés en Europe. Ces tableurs ne se contentent pas de lister des anonymes : ils incluent de hauts cadres des directions générales de la sûreté nationale (DGSN) et de la surveillance du territoire (DGST), dont leur patron, Abdellatif Hammouchi, souvent qualifié de « superflic » du roi Mohammed VI. À chacun d'eux sont associés matricule, numéros de carte d'identité, coordonnées bancaires et dates de recrutement. Fait particulièrement sensible : la date de naissance de Hammouchi — né le 7 octobre 1966 — n'avait jusqu'alors jamais été rendue publique.
Cette révélation survient dans un contexte diplomatique délicat. La coopération franco-marocaine en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme est en plein essor depuis le sommet bilatéral de juillet 2026, où le Premier ministre Sébastien Lecornu avait salué des « succès opérationnels sans précédent » obtenus grâce au travail conjoint des polices et des magistrats des deux pays. La mise à nu de l'identité de milliers d'agents de renseignement marocains actifs en Europe — dont une partie travaille vraisemblablement avec leurs homologues français — représente donc un enjeu stratégique qui dépasse largement les frontières du Maroc.
Le timing de la fuite n'est pas anodin. Le groupe Jabaroot avait déjà frappé le Maroc par le passé, et cette nouvelle attaque d'une ampleur inégalée soulève des questions sur la sécurité informatique des institutions marocaines et sur les motivations de ses auteurs. Pour les services français, qui travaillent en étroite coordination avec leurs partenaires marocains, la compromission potentielle d'une partie de leurs réseaux communs représente un préjudice opérationnel concret.
Rabat n'a pas encore communiqué officiellement sur cette affaire. Mais la gravité de la fuite — qui touche les couches les plus confidentielles de l'appareil sécuritaire du royaume — laisse présager que les conséquences, tant pour les agents concernés que pour les relations entre Maroc et ses partenaires européens, seront durables.