Maglor - Deux ans de quasi-rupture diplomatique, un ambassadeur rappelé à Paris, un poste vacant à Alger — la relation franco-algérienne peinait à reprendre souffle. Mais depuis le début 2026, des signaux discrets d'apaisement se multiplient. Le dernier en date : la visite à Paris du ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, les 3 et 4 juin, à l'invitation de son homologue français Laurent Nuñez. Au programme officiel : coopération migratoire, lutte contre les trafics. Mais c'est le dossier brûlant des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière qui occupe, en réalité, le cœur des discussions.
Les chiffres qui fâchent
Selon une source politique algérienne proche du dossier citée par le média Erem News, sur les 179 laissez-passer consulaires récemment délivrés par Alger pour faciliter des expulsions vers l'Algérie, l'administration française n'en aurait utilisé que 90. Un écart qui attise la défiance côté algérien, alors que Paris accuse régulièrement Alger de lenteur administrative dans le traitement de ces demandes.
De son côté, une source française indique que 700 Algériens se trouvent actuellement en centres de rétention administrative (CRA), dans l'attente d'un retour au pays. En parallèle, Alger affirme avoir facilité le retour volontaire de 320 jeunes Algériens en situation irrégulière depuis le début de l'année. Depuis janvier 2026, les consulats algériens en France ont émis environ 140 laissez-passer. Sur les quelque 51 000 Algériens en situation irrégulière recensés en France en 2025, seuls 2 500 feraient l'objet d'une mesure d'expulsion effective.
Paris et Alger, prisonniers d'un malentendu structurel
L'ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, rentré à son poste après son rappel à Paris en avril 2025, a tenté de poser les jalons d'un dialogue renouvelé. « Il s'agit de reconstruire une relation après près de deux ans de rupture quasi totale du dialogue », a-t-il sobrement reconnu sur France Inter. Et d'expliquer le paradoxe de la situation : « Il est facile de mettre les gens dans l'avion, mais sans un lien de confiance avec l'Algérie, on ne peut pas les faire descendre. »
Cette phrase résume à elle seule l'impasse dans laquelle se trouvent les deux capitales. Les expulsions ne sont pas qu'une question technique : elles impliquent une reconnaissance mutuelle de souveraineté, un niveau de confiance et une coordination consulaire que les tensions diplomatiques des dernières années ont largement érodés.
Une instrumentalisation politique dénoncée des deux côtés
Dans la presse algérienne, le ton est plus acéré. Le quotidien Le Soir d'Algérie a fustigé « la machine à mensonges parisienne », accusant les responsables français d'exploiter la question des OQTF (Obligations de quitter le territoire français) à des fins électorales internes. Une accusation qui traduit le sentiment, largement partagé à Alger, que la question migratoire est instrumentalisée par des acteurs politiques français sans égard pour les réalités complexes de la coopération bilatérale.
Côté français, certains responsables pointent en retour le refus structurel d'Alger de faciliter les retours, qu'ils lient aux contentieux mémoriels et aux désaccords géopolitiques persistants entre les deux pays.
Un rapprochement encore fragile
Les deux pays souhaitent officiellement tourner la page. La visite de Laurent Nuñez à Alger en février 2026 avait permis de renouer le fil d'un dialogue interrompu. Celle de Saïd Sayoud à Paris début juin doit confirmer cette dynamique. Mais le poste d'ambassadeur algérien à Paris est toujours vacant depuis le départ de Saïd Moussi le 30 juillet 2024 — un symbole de la persistance des défiances.
Entre volonté affichée de normalisation et contentieux non résolus — questions mémorielles, désaccords sur le Sahara occidental, dossier des OQTF — la relation franco-algérienne avance à petits pas. Chaque déplacement ministériel est présenté comme une avancée. Mais la réalité des expulsions, elle, continue d'en mesurer la fragilité.
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