Hicham TOUATI
Une missive royale n’est jamais un simple courrier. Elle est un repère, un souffle que l’on attend et qui, une fois déposé, change la lecture d’un anniversaire. En répondant personnellement à Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, Mohammed VI vient d’offrir aux soixante-dix ans de l’institution bien plus qu’un remerciement : une boussole affective et morale.
D’entrée, le Souverain dévoile la nature du lien qui unit le Trône à ceux qui portent l’uniforme. Il ne s’adresse pas à une administration désincarnée. Il parle à un homme, Abdelatif Hammouchi, et, à travers lui, à une « famille » – celle de la Sûreté nationale. Ce mot, choisi avec soin, fait glisser la relation du registre hiérarchique vers celui d’une appartenance presque intime. Le Roi dit avoir reçu avec « estime et attention » une nouvelle fois la preuve d’une loyauté qui ne se fane pas. En rappelant que le télégramme lui est parvenu au nom du patron de la DGSN et de tous les siens, il valide un porte-voix et resserre une chaîne de confiance qui part de la base pour monter jusqu’au Palais.
Dans une lettre épurée, aux mots soigneusement pesés au trébuchet, sont mis en lumière les « efforts soutenus et diligents » des femmes et des hommes de la DGSN. Il ne s’agit pas d’une politesse d’usage. Le Souverain insiste sur le caractère « lourd et noble » de leurs missions. Protéger les intérêts des citoyens, veiller sur la sécurité et la stabilité de la patrie, garder l’ordre public : ces tâches, usantes et souvent invisibles, se trouvent soudain hissées au rang de contributions sacrées à l’édifice national. Ce faisant, le message dépasse le simple satisfecit. Il transforme la pénibilité quotidienne du policier, de l’agent de proximité ou de l’enquêteur en une offrande reconnue au plus haut sommet de l’État. Dans une époque qui scrute sans cesse les forces de l’ordre, cette parole souveraine fait office de viatique et de rempart symbolique.
Mais c’est dans la dernière phrase que la signature royale dévoile sa véritable chaleur. Sa Majesté y joint à son estime une invocation rare : il prie Dieu de couronner ces efforts de « pleine réussite et de justesse ». Là où une correspondance officielle se clôturerait sur une formule figée, le Roi choisit un élan spirituel qui place la quête de l’excellence sécuritaire sous une protection transcendante. En associant « bienveillance constante » et « entière satisfaction », il offre à Hammouchi et à ses troupes un brevet de légitimité qui ne se décrète pas, mais se ressent.
Cette réponse, au fond, est un aveu à peine voilé de la place qu’occupe l’institution dans le cœur de l’État. Elle confirme qu’à soixante-dix ans, la DGSN n’est pas seulement un outil régalien vieilli par les décennies. Elle est une maison que le Roi honore parce qu’elle ne triche pas avec son serment de fidélité. La boucle entre le télégramme de loyauté et la réponse de gratitude dessine ainsi une fresque où le dévouement n’est jamais orphelin de reconnaissance.
Au-delà du protocole, une question silencieuse flotte désormais entre les lignes : jusqu’où cette dynamique de confiance portera-t-elle une institution confrontée aux mutations accélérées du crime et à l’exigence citoyenne de transparence ? Le message royal offre un socle de fierté. Aux hommes et femmes d’Hammouchi de prouver, au quotidien, que cet héritage de fidélité est la matière première d’une modernisation qui ne renie rien de son âme.