FR AR
Partager sur :

Baccalauréat à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma : l’épreuve d’une région, la rigueur d’une organisation


Hicham TOUATI 

Dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la session 2026 du baccalauréat s’est déroulée dans un climat d’ordre, de vigilance et de mobilisation collective. Derrière les chiffres, imposants, se dessine une organisation qui a reposé autant sur la précision des dispositifs logistiques que sur une présence de terrain fortement relevée par les familles. La directrice de l’Académie régionale d’éducation et de formation, Dr Ouafae CHAKIR, a suivi personnellement la mise en œuvre des mesures arrêtées, multipliant les visites dans les centres d’examen et veillant, selon les acteurs éducatifs, à ce que chaque détail soit traité avec sérieux. Dans une région encore marquée par les épreuves subies par Ksar El-Kébir lors des inondations, cette session a aussi porté une dimension humaine particulière. Beaucoup y ont vu une touche féminine faite d’écoute, de fermeté tranquille et d’attention aux situations les plus fragiles.

En savoir plus


Les examens du baccalauréat, dans leurs deux volets régional et national, ont mobilisé cette année plus de 98 240 candidates et candidats à l’échelle de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. L’examen régional unifié, organisé les 1er et 2 juin 2026, a concerné 55 776 candidates et candidats, scolarisés et libres, répartis sur 225 centres d’examen dans les huit directions provinciales de la région. Quelques jours plus tard, du 4 au 6 juin, la session ordinaire de l’examen national unifié a réuni 50 757 candidates et candidats. Parmi eux, 42 473 étaient scolarisés, dont 38 493 dans l’enseignement public, soit 75,84 % de l’ensemble des inscrits, et 3 980 dans l’enseignement privé, représentant 7,84 %. Les candidats libres, au nombre de 8 284, ont constitué 16,32 % du total.

La présence féminine, elle aussi, a retenu l’attention. Les filles ont représenté 56,90 % des candidats, un taux qui confirme leur place croissante dans les grandes échéances scolaires et qui donne à cette session une tonalité particulière dans une région où l’éducation des jeunes filles demeure l’un des indicateurs les plus sensibles de la progression sociale.

Sur le plan pédagogique, la répartition des candidats traduit la diversité des parcours offerts. Le pôle des branches scientifiques et techniques a accueilli 33 029 candidates et candidats, tandis que les filières littéraires et de l’enseignement originel en ont réuni 17 342. Les filières professionnelles ont compté 386 inscrits, répartis sur neuf parcours. Les sections internationales, options française et anglaise, ainsi que le parcours Sport-Études, ont concerné 14 567 candidates et candidats, signe d’une demande soutenue pour des formations ouvertes sur les langues, les mobilités et les profils d’excellence.

Mais la réussite d’une session de baccalauréat ne se mesure pas seulement au nombre des candidats. Elle se lit dans l’architecture silencieuse qui rend l’examen possible : les centres préparés, les équipes mobilisées, les sujets sécurisés, les surveillants formés, les correcteurs désignés, les circuits de coordination vérifiés et les situations particulières anticipées. À ce titre, l’Académie a mobilisé 24 membres au sein de l’équipe officielle chargée de l’impression et de la reproduction des sujets, 9 012 personnes pour les opérations de surveillance et 3 890 correctrices et correcteurs pour l’évaluation des productions des candidates et candidats aux examens national et régional. Treize centres de correction ont été prévus au niveau des différentes directions provinciales.

L’effort d’organisation a également concerné les publics les plus vulnérables. Les candidates et candidats en situation de handicap, au nombre de 498, ont bénéficié de mesures d’adaptation des conditions de passation et de correction. Pour 327 d’entre eux, des épreuves adaptées ont été retenues, dans une logique d’équité qui rappelle que l’examen national, pour être juste, doit tenir compte des différences de situation sans renoncer à l’exigence commune. Quatre centres d’examen ont par ailleurs été aménagés dans des établissements pénitentiaires, permettant à 151 candidates et candidats de passer les épreuves dans un cadre organisé.

Cette logistique, dense et minutieuse, a été portée par une chaîne d’intervenants où chacun a tenu son rôle : responsables académiques, directions provinciales, chefs de centres, équipes pédagogiques, surveillants, correcteurs, autorités locales, services de sécurité, familles et médias. Dans les centres, les premières heures de la journée ont souvent donné le ton : accueil des candidats, vérification des listes, installation dans les salles, rappel des consignes, gestion des flux aux abords des établissements. Les examens se sont déroulés dans des conditions normales, sans crispation visible, avec cette sobriété propre aux grandes opérations bien préparées.

La directrice de l’AREF, Dr Ouafae CHAKIR, a imprimé à cette session une méthode saluée dans plusieurs villes de la région. Sa présence sur le terrain, ses visites dans différents centres d’examen et son suivi rapproché des dispositifs ont été perçus comme un signe d’engagement direct. Il ne s’agissait pas seulement d’assurer une supervision administrative, mais de vérifier, au plus près des équipes, que les conditions matérielles, humaines et psychologiques étaient réunies pour permettre aux candidats d’aborder les épreuves avec confiance.

À Tanger, une mère venue accompagner sa fille devant un centre d’examen résume ce sentiment en quelques mots simples : « Ce qui rassure les parents, ce n’est pas seulement que les salles soient prêtes. C’est de sentir qu’il y a une présence, une écoute, une responsabilité assumée. Nous avons vu de l’organisation, mais aussi de la considération pour les enfants. » À Tétouan, une autre maman, dont le fils passait les épreuves nationales, insiste sur la sérénité du dispositif : « Les candidats sont déjà sous pression. Quand l’accueil est clair, quand les consignes sont données calmement et que tout se déroule sans désordre, cela apaise les familles. On sent que le travail a été fait avant le jour de l’examen. »

À Ksar El-Kébir, le baccalauréat de cette année a résonné autrement. La ville garde en mémoire les inondations qui ont perturbé la vie des familles et le parcours scolaire de nombreux élèves. Dans cette épreuve, l’Académie avait pris des mesures pour assurer la continuité pédagogique, en facilitant l’accueil provisoire des élèves déplacés et en mobilisant les ressources numériques disponibles. Pour beaucoup de parents, cette réponse n’a pas été oubliée au moment des examens.

« Nous n’oublions pas ce qui a été fait pour nos enfants quand la ville traversait des jours difficiles », confie une mère de Ksar El-Kébir. « Ce n’était pas seulement une décision administrative. C’était un message : vos enfants ne seront pas abandonnés. Aujourd’hui, en les voyant passer le baccalauréat dans de bonnes conditions, nous comprenons la valeur de cette continuité. » Une autre mère, également de la ville, abonde dans le même sens : « Quand les familles ont peur pour leur maison, pour leurs affaires, pour l’école de leurs enfants, la moindre initiative compte. La directrice de l’Académie a montré que l’institution pouvait être proche des gens. Pour nous, cela mérite d’être dit. »

Les candidats eux-mêmes ont ressenti cette continuité. Un élève de Ksar El-Kébir, inscrit dans une branche scientifique, raconte avoir retrouvé progressivement le rythme après les perturbations causées par les intempéries : « Nous avons eu peur de perdre le fil. Mais les professeurs nous ont accompagnés, les cours ont repris, et on nous a aidés à nous concentrer sur l’essentiel. Le jour de l’examen, je me suis senti prêt. » Une candidate de la même ville retient surtout l’appui moral reçu avant les épreuves : « On parle beaucoup des cours et des révisions, mais le moral compte aussi. Quand on vous explique comment gérer le temps, comment lire un sujet, comment ne pas paniquer, cela change beaucoup de choses. »

Car la préparation de cette session ne s’est pas limitée aux derniers jours. Elle s’est construite dès le début de l’année scolaire, à travers le travail sur les apprentissages, la consolidation des acquis, l’accompagnement méthodologique et le soutien psychologique. L’objectif était clair : permettre aux élèves d’arriver aux épreuves non seulement avec des connaissances, mais avec une méthode, une confiance et une capacité à maîtriser la pression. Dans plusieurs établissements, cette dimension a été jugée décisive par les équipes pédagogiques comme par les familles.

La presse nationale et régionale a accompagné cette échéance avec attention. Les caméras et les micros ont suivi les moments forts de ces journées, depuis l’arrivée des candidats devant les centres jusqu’à leur sortie des salles, recueillant les impressions des élèves, les explications des responsables de centres et les réactions des parents. Cette couverture a donné à voir une réalité souvent discrète : derrière l’examen, il y a une communauté éducative entière qui se met en mouvement.

Au terme de cette session, l’image qui s’impose est celle d’une région qui a su transformer une opération lourde en exercice maîtrisé. Le baccalauréat reste, au Maroc, bien plus qu’un examen scolaire. Il demeure un passage familial, social et symbolique. À Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, il aura été porté cette année par une organisation robuste, une mobilisation humaine visible et une attention particulière aux élèves confrontés à des situations difficiles. Le défi est désormais de prolonger cet esprit au-delà des jours d’examen : faire de cette rigueur, de cette proximité et de cette confiance une manière durable de servir l’école publique et l’avenir de ses élèves.

Région
Tanger - Tétouan - Al Hoceima
Partager sur :