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Tribune : aéronautique, hors-hydrocarbures, exportations, le Maghreb réussira-t-il son virage industriel ?

Ecrit Par Maglor — En quelques jours, trois informations venues du Maghreb dessinent le même enjeu. La Tunisie annonce viser 10 000 emplois aéronautiques supplémentaires d'ici 2030. Le FMI juge « encourageants » les progrès de la diversification algérienne, tout en soulignant sa lenteur. Le Maroc, lui, a plus que doublé en cinq ans ses échanges avec les pays de l'OCI, qui dépassent 21 milliards de dollars. Trois pays, un même défi : transformer des économies de rente, d'importation ou de sous-traitance en économies productives.

Les chiffres encourageants

La filière aéronautique tunisienne compte plus de 85 entreprises, 20 000 emplois directs et 1,74 milliard de dinars d'exportations. En Algérie, la part du hors-hydrocarbures progresse, reconnaît le FMI. Au Maroc, les exportateurs trouvent de nouveaux débouchés. On aurait tort de minimiser ces avancées, qui rompent avec le fatalisme ambiant.

Le piège de la concentration

Mais le FMI le rappelle : en Algérie, les exportations hors hydrocarbures reposent sur quelques produits, chimiques, métaux, produits agricoles. En Tunisie, le véritable test est l'intégration locale, fixée à plus de 50 % : sans PME capables d'entrer dans la chaîne de valeur, la croissance des exportations n'enrichira que marginalement le pays. Au Maroc, la facture céréalière, 105,69 millions de quintaux importés cette campagne, rappelle qu'une base productive solide commence par l'assiette alimentaire.

Des économies qui se tournent le dos

Le paradoxe est que ces trois pays construisent séparément des filières qu'ils pourraient bâtir ensemble. Les frontières terrestres entre le Maroc et l'Algérie restent fermées, et le commerce intramaghrébin demeure parmi les plus faibles du monde. Un marché de plus de 100 millions d'habitants offrirait pourtant aux industriels l'échelle qui leur manque, qu'il s'agisse d'équipementiers, d'agroalimentaire ou de pièces pour l'aéronautique.

Le rôle de la diaspora

Les Maghrébins établis en France et en Europe sont une ressource sous-employée : ingénieurs, entrepreneurs, financeurs, ils connaissent à la fois les exigences des donneurs d'ordre européens et les réalités locales. Garantie des investissements, simplification administrative et reconnaissance des compétences conditionneront leur engagement.

Conclusion

Les objectifs annoncés pour 2030 sont ambitieux et, pour l'instant, ce sont des promesses. Leur réussite dépendra de choix que les gouvernements maîtrisent : sélectionner les projets avec rigueur, laisser respirer le secteur privé, financer les PME et, si l'histoire le permet un jour, ouvrir les marchés entre voisins. Le virage industriel du Maghreb est possible. Il ne se fera ni par décret ni en solitaire.

Cette tribune engage la rédaction de Maglor.

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