Ecrit Par Maglor — Dans le débat public français sur l'immigration, une intervention a retenu l'attention cette semaine : celle de l'essayiste Hakim El Karoui, invité de l'émission « C à vous » sur France 5. Fondateur du cabinet Volentia, président du Club XXIe siècle et expert du think tank Terra Nova, il a décrit ce qui se passerait, selon lui, si tous les immigrés vivant actuellement en France disparaissaient, et pas seulement si les nouvelles arrivées cessaient.
Un scénario, pas une étude
Il est important de préciser la nature de cette prise de parole : il s'agit d'une projection formulée à l'antenne, non d'une étude publiée avec méthodologie et données détaillées. Le seul chiffre rapporté est que 22 % des cuisiniers sont des immigrés. Aucune estimation globale de la population immigrée, ni ventilation par âge ou par origine, n'a été avancée dans les comptes rendus disponibles.
Les secteurs cités
Selon Hakim El Karoui, plusieurs secteurs seraient directement touchés. Il cite d'abord la santé et le soin : hôpitaux, services de soins et EHPAD. « Le service aux personnes dépend aujourd'hui très largement de l'immigration », affirme-t-il. Il évoque ensuite l'hôtellerie-restauration, notamment la cuisine, puis les transports et la logistique, avec la RATP et des entrepôts comme ceux d'Amazon. Le bâtiment et les travaux publics figurent aussi parmi les secteurs mentionnés, de même que les zones rurales, où il estime que les difficultés de recrutement sont déjà « énormes ».
Dans son scénario, des hôtels-restaurants, des plateformes logistiques, des transports publics, des hôpitaux publics et des maisons de retraite cesseraient de fonctionner normalement. Il ajoute que la situation durerait, car les offres d'emploi existantes et la demande de travail des personnes immigrées ne se substitueraient pas aisément.
Pourquoi ce propos fait écho
Cette intervention intervient dans un climat tendu, où les discours sur l'immigration se durcissent et où plusieurs propositions de loi sont en discussion sur les titres de séjour des travailleurs, notamment pour les métiers en tension. Elle rappelle une réalité souvent évoquée par les employeurs : de nombreux secteurs peinent à recruter et s'appuient sur une main-d'œuvre étrangère, y compris maghrébine.
Les limites de l'exercice
Un tel scénario reste volontairement extrême. Il sert à illustrer une dépendance, mais ne dit rien de l'ajustement progressif des économies, des salaires ou des politiques de formation. Il ne permet pas non plus de répondre à la question que se posent les pouvoirs publics : quel niveau et quelle forme d'immigration de travail souhaite-t-on organiser ?
Pour les ressortissants du Maroc, d'Algérie et de Tunisie, qui comptent parmi les premiers bénéficiaires de titres de séjour et de naturalisations en France, le débat est évidemment sensible. Leur présence dans les métiers du soin, de la restauration, du bâtiment ou du transport est une réalité du quotidien. L'intérêt de ce type d'intervention est de replacer la discussion sur le terrain de l'économie réelle plutôt que sur celui des slogans, à condition de rester prudent sur les chiffres avancés et de les confronter aux données officielles.