Ecrit Par Maglor — Le tribunal de Gabès n'a pas rendu, mercredi 14 octobre 2026, le jugement attendu dans l'affaire opposant le Groupe chimique tunisien (GCT) à treize militants écologistes. Le collectif Stop Pollution a annoncé que le délibéré était prolongé jusqu'au 21 octobre. Ce report maintient dans l'incertitude un dossier devenu emblématique des tensions entre industrie, santé publique et liberté de manifester en Tunisie.
Un sit-in de 2020 à l'origine des poursuites
L'affaire remonte à un sit-in organisé en décembre 2020 devant la direction régionale du GCT. Selon le récit de l'un des militants, Khayreddine Debaya, membre de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme à Gabès et de Stop Pollution, les participants avaient été interpellés puis libérés quelques heures plus tard, et on leur aurait alors indiqué que le dossier était classé. Il aurait été relancé en 2022. Toujours selon ce témoignage, qui n'a pas été vérifié de manière indépendante, un jugement par contumace de mars 2023 aurait condamné douze personnes à un an de prison chacune, pour « entrave à la liberté de travail », le GCT étant le plaignant. Les intéressés disent n'avoir reçu ni convocation ni notification pendant des années.
La pollution, toile de fond
Gabès abrite un complexe chimique central pour l'économie régionale, mais très contesté. Des habitants dénoncent depuis des mois des émanations de gaz aux effets sanitaires et environnementaux. Des élèves, notamment au collège de Chatt Essalem, auraient été incommodés, certains avec des détresses respiratoires. Des organisations de la société civile parlent d'« écocide silencieux » et reprochent aux autorités de ne pas tenir leurs engagements de mise aux normes ou de fermeture des unités les plus dangereuses. Une grève générale régionale, le 21 octobre 2025, avait rassemblé des milliers de personnes réclamant un air sain.
Une procédure parallèle devant le juge des référés
En parallèle, le barreau régional, soutenu par Stop Pollution, a saisi la justice en référé pour obtenir la suspension de certaines unités industrielles jugées polluantes. En février 2026, l'examen de cette demande avait été reporté. Le bâtonnier régional, Me Mounir Adouni, avait invoqué le droit constitutionnel à un environnement sain. La coïncidence des dates, avec un nouveau délibéré fixé au 21 octobre, soit un an jour pour jour après la grève générale, donne à l'échéance une portée symbolique.
Les enjeux pour la Tunisie
Au-delà du sort des treize prévenus, le dossier pose plusieurs questions. La première est juridique : comment un sit-in pacifique peut-il être poursuivi pour entrave à la liberté de travail, et dans quelles conditions les prévenus peuvent-ils être jugés sans avoir été informés ? La deuxième est économique : le GCT, pilier de la production de phosphates transformés, pèse dans l'emploi régional et dans les recettes d'exportation. La troisième est sanitaire et environnementale : la Constitution tunisienne reconnaît le droit à un environnement sain, dont l'application effective est l'objet même du contentieux.
Pour les Tunisiens de France, nombreux à être originaires du Sud, l'affaire est aussi suivie de près à travers les réseaux associatifs et familiaux. Le 21 octobre dira si la justice tranche en faveur de l'apaisement ou si le bras de fer se prolonge.
Il convient de rappeler que les éléments relatifs à la procédure par contumace reposent sur les déclarations d'un militant, et que le GCT n'a pas, dans les sources consultées, détaillé sa position.