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Tribune : archives de la guerre d'Algérie, le secret d'État contre la mémoire

Ecrit Par Maglor — Près de soixante-cinq ans après l'indépendance de l'Algérie, la France peine toujours à ouvrir ses archives sur la guerre. Une enquête du Monde, relayée par TSA Algérie le 12 octobre, décrit les « forces » qui, au sein de l'appareil d'État, freinent la déclassification. Cette réalité pèse sur la relation franco-algérienne comme sur la mémoire de millions de Français d'origine maghrébine.

Une ouverture promise, puis verrouillée

En septembre 2018, Emmanuel Macron reconnaît la responsabilité de l'armée française dans la mort de Maurice Audin et annonce l'ouverture des archives sur les disparus. Dès 2019, pourtant, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale fait appliquer strictement une instruction de 2011 sur le secret-défense, avec un contrôle page par page. Le Conseil d'État annule cette note en juillet 2021, mais une loi sur le renseignement adoptée le même mois verrouille d'autres catégories de documents.

Des historiens sous pression

L'enquête cite Romain Choron, officier-historien, visé en 2019 par un signalement pour « compromission du secret de la défense nationale » après des travaux sur la guerre souterraine menée en Algérie, notamment l'usage d'armes chimiques contre les grottes. Une enquête de la DGSI et une perquisition ont suivi. L'historien Christophe Lafaye rencontre lui aussi des obstacles. Maurice Vaïsse parle d'un « retour de bâton » lié à l'atmosphère politique française.

Pourquoi cela nous concerne

Ce débat n'a rien d'une querelle d'érudits. Pour beaucoup de familles d'origine algérienne, marocaine ou tunisienne installées en France, l'histoire coloniale est une histoire personnelle : des grands-parents combattants, des disparus, des silences transmis. Refuser l'accès à ces documents, c'est laisser le soupçon prospérer des deux côtés de la Méditerranée.

La protection de secrets réellement sensibles, comme les sites ou les techniques de renseignement actuelles, est légitime. Mais invoquer ces motifs pour empêcher de savoir ce qu'il est advenu de militants disparus il y a plus d'un demi-siècle relève d'un autre registre. Il appartient à l'État de distinguer clairement les deux, et de publier les critères qui fondent ses refus.

Ce qu'il faut demander

Relancer la commission mixte d'historiens, aujourd'hui à l'arrêt, serait un premier signe. Garantir aux chercheurs un accès sans crainte de poursuites en serait un autre. La réconciliation des mémoires ne se décrète pas : elle se construit sur des faits établis, accessibles et débattus publiquement.

Cette tribune engage son auteur. Source des faits : Le Monde, via TSA Algérie.

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