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Tribune : migration, le Maroc réclame un partenariat d'égal à égal

Ecrit Par Maglor — Il est rare qu'un discours d'ouverture parlementaire consacre une part aussi nette à la migration. Vendredi, devant les deux Chambres, le Roi Mohammed VI a jugé que le modèle actuel de coopération migratoire avait « atteint ses limites », comme le montrent les crises répétées. Au-delà du ton, c'est un changement de paradigme qui se dessine, et il concerne directement les millions de Maghrébins qui vivent des deux côtés de la Méditerranée.

Un partenariat qui ne veut plus être une sous-traitance

Le souverain a présenté le Maroc comme un partenaire responsable et fiable, en droit d'attendre un traitement équivalent de ses partenaires. Il a reconnu les avancées réalisées avec l'Espagne, notamment dans la lutte contre l'immigration irrégulière, tout en estimant que la même analyse vaut pour ce partenariat. Il a aussi dénoncé des dispositions légales dépassées et des décisions judiciaires éloignées de la réalité, qui entravent le rapatriement des mineurs et des personnes usurpant le statut de réfugié, au profit des réseaux criminels. Et il a rappelé que le partenariat avec Madrid est un choix souverain, qui ne doit subir ni pression, ni menace, ni chantage.

Du contrôle des flux au co-développement

Le point décisif est ailleurs : le Roi appelle à présenter aux partenaires un document stratégique centré sur le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale. Autrement dit, la migration ne doit plus être traitée comme un simple dossier sécuritaire où le Sud garde les frontières du Nord. Elle doit s'inscrire dans une relation d'investissements, de formation et d'emplois qui offre à la jeunesse marocaine des perspectives chez elle. C'est un langage que l'on retrouve de plus en plus dans les capitales du Maghreb, d'Alger à Tunis.

Ce que la France et l'Europe devraient entendre

La leçon dépasse l'Espagne. À Paris, Rome ou Bruxelles, les débats migratoires se concentrent trop souvent sur les visas, les quotas et les expulsions, au risque d'oublier que la coopération se construit dans la durée et dans le respect mutuel. Les pays d'origine ne demandent pas des faveurs ; ils demandent d'être traités en partenaires, avec des engagements réciproques. Les Maghrébins de France, qui sont à la fois citoyens, résidents, étudiants ou travailleurs, ont tout intérêt à une relation apaisée entre les deux rives.

Le test de la suite

Un discours ne suffit pas. Il faudra voir si ce nouveau cadre se traduit par des engagements concrets : des programmes de formation, des investissements créateurs d'emplois, des mécanismes de circulation légale et une meilleure coordination judiciaire et policière. Il faudra aussi que les opinions publiques, de part et d'autre, acceptent un débat apaisé, loin des surenchères. Le risque, sinon, est de voir se répéter les crises que le Roi lui-même a évoquées.

Le Maroc a posé ses conditions avec clarté. À ses partenaires, désormais, de répondre avec la même franchise.

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