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Tribune : Dhekra Mahmoud et les scientifiques du Maghreb, des talents qu'il faut cesser de laisser partir

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Cette semaine, une ingénieure tunisienne, Dhekra Mahmoud, a reçu en France le prix L'Oréal-UNESCO « Pour les femmes et la science » pour ses travaux en cybersécurité. Cette distinction réjouit, mais elle pose une question que le Maghreb élude trop souvent : que faisons-nous de nos meilleurs talents ?

La fierté, puis la question

Il est légitime de se réjouir. Formée à l'École nationale d'ingénieurs de Tunis, la lauréate incarne la qualité d'un système de formation que beaucoup jugent en crise, mais qui continue de produire des profils recherchés dans le monde entier. Pourtant, la cérémonie s'est tenue en France, et c'est l'ambassade de Tunisie à Paris qui en a rendu compte.

Fuite des cerveaux ou circulation des talents ?

Le débat oppose souvent deux lectures. La première dénonce une fuite des cerveaux : les États du Maghreb financent des formations d'excellence dont les bénéfices profitent à d'autres. La seconde parle de circulation des talents : la mobilité scientifique est la norme mondiale, et la diaspora peut devenir un pont. Les deux ont raison, mais seule la seconde est une stratégie, à condition de la construire.

Ce qu'il faudrait faire

Première exigence : des financements de recherche prévisibles. Un jeune chercheur ne reste pas pour un salaire de principe et un laboratoire sans équipement. Deuxième exigence : des postes en double affiliation, permettant à un scientifique installé en France de diriger des projets dans une université du Maghreb. Troisième exigence : une reconnaissance institutionnelle, car un prix reçu à l'étranger devrait ouvrir des portes chez soi.

Les femmes d'abord

Les ingénieures et chercheuses maghrébines sont nombreuses dans les amphithéâtres, mais plus rares dans les directions de laboratoire et les conseils d'administration. Un prix comme celui-ci agit comme une lumière : il montre que la compétence existe. Il ne dispense pas de s'attaquer aux obstacles de carrière, à la conciliation entre vie professionnelle et familiale, et au plafond de verre.

Le rôle de la diaspora en France

Les associations d'ingénieurs et de scientifiques franco-maghrébins peuvent offrir du mentorat, des stages, des cofinancements. Les entreprises françaises, elles, ont intérêt à construire des partenariats durables plutôt qu'à seulement recruter. Une cybersécurité méditerranéenne partagée, par exemple, servirait les deux rives.

Conclusion

Applaudir Dhekra Mahmoud est un devoir. La suivre, c'est-à-dire créer les conditions pour que ses pairs puissent contribuer au développement de leur pays sans renoncer à leur carrière, est un projet. Il reste à écrire. Cette tribune n'engage que son auteur.

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