Maglor - Depuis sa nomination le 29 septembre par le Roi Mohammed VI, Fatima Ezzahra El Mansouri s'est lancée dans un marathon de consultations pour constituer la coalition qui portera son gouvernement. Le scénario se précise : le RNI est écarté, l'Istiqlal est pressenti comme pilier, et le chrono tourne. Décryptage.
Le RNI dehors, l'Istiqlal dedans
La grande rupture de cette séquence politique est l'éviction du Rassemblement national des indépendants (RNI) d'Aziz Akhannouch, l'ancien chef de gouvernement. Bien qu'il ait exprimé le souhait de participer à la prochaine majorité, des sources au sein du PAM ont été claires devant les militants du parti réunis à Skhirat : pas d'alliance avec le RNI. El Mansouri a également posé une ligne rouge : « pas de gouvernement avec des indépendants ».
Ce choix n'est pas anodin. Le RNI avait dirigé la coalition sortante avec le PAM et le PI entre 2021 et 2026 — une majorité qui a dû encaisser les crises du pouvoir d'achat et l'inflation post-Covid. En s'en séparant, El Mansouri cherche à marquer une rupture de style autant que de programme, et à éviter que l'impopularité du bilan économique du RNI ne contamine son propre exécutif.
Le Parti de l'Istiqlal (PI) de Nizar Baraka s'affirme en revanche comme le pivot naturel de la nouvelle coalition. Les sources proches du PAM affichent un optimisme quasi certain sur l'intégration des Istiqlaliens. La future majorité devrait être complétée par le Mouvement populaire (MP), l'Union constitutionnelle (UC) et le Mouvement démocratique et social (MDS) — des partis de taille modeste mais qui peuvent apporter les sièges nécessaires pour atteindre une majorité stable à la Chambre des représentants.
L'arithmétique de la majorité
Le PAM a remporté 97 sièges sur 395 lors des législatives du 23 septembre 2026. Soit moins d'un quart de la chambre. Former une majorité solide — idéalement au-delà de 200 sièges — impose donc d'assembler plusieurs partenaires. L'Istiqlal, fort de son implantation dans les grandes villes et son électorat traditionnel, apporte un socle important. Le MP, enraciné dans le monde rural et les régions berbérophones, et l'UC complètent l'équation.
Le calcul arithmétique est faisable, mais il se double d'une équation politique complexe : chaque partenaire voudra des portefeuilles ministériels significatifs, et la répartition des postes sera le vrai test de la capacité de négociation d'El Mansouri.
La pression du calendrier
Le temps est un paramètre central de cette formation. Le Parlement doit être ouvert par le Roi, et le gouvernement doit se présenter devant les élus pour obtenir un vote de confiance sur sa déclaration gouvernementale. Plus important encore : le projet de loi de finances 2027 devra être présenté dans les premières semaines de l'exécutif.
Ce PLF 2027 sera, de l'avis de plusieurs observateurs, le premier test réel de la coalition. Les engagements du PAM — amélioration du pouvoir d'achat, lutte contre le chômage qui atteint 13 %, renforcement des aides sociales directes — devront trouver une traduction budgétaire concrète. Un exercice périlleux dans un contexte de finances publiques sous tension.
Les chantiers qui attendent
Au-delà de la négociation partisane, El Mansouri hérite d'un agenda chargé. La Coupe du monde 2030, co-organisée par le Maroc, l'Espagne et le Portugal, impose un calendrier d'investissements dans les infrastructures sportives, routières et hôtelières qui ne souffre pas le report. Le gouvernement devra piloter ces chantiers tout en préservant les équilibres budgétaires.
Sur le plan social, la priorité affichée n'est plus seulement d'étendre le nombre de bénéficiaires des aides sociales directes — mais d'accompagner les ménages vulnérables vers une sortie durable de la précarité, par la formation, l'emploi et l'investissement productif. Un changement d'approche ambitieux, dont la mise en œuvre reste à prouver.
La question du Sahara constitue un autre dossier permanent. Les acquis diplomatiques accumulés — notamment la reconnaissance croissante de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud — devront être consolidés par des investissements concrets dans ces régions et par des politiques capables de renforcer le sentiment d'appartenance de leurs populations.
Une cheffe sous surveillance
Première femme à la tête du gouvernement marocain, El Mansouri porte une charge symbolique considérable. Les attentes sont élevées — côté société civile comme côté institutions. Ses partisans la créditent d'une capacité de décision et d'un pragmatisme qu'ils jugent rares dans la classe politique marocaine. Ses détracteurs, dont Abdelilah Benkirane du PJD, contestent publiquement la méthode de consultations et la direction que prend la coalition naissante.
La prochaine étape sera décisive : la présentation de la liste des ministres au Roi. Ce moment dira beaucoup sur la capacité d'El Mansouri à s'imposer dans les arbitrages, à résister aux pressions des partis alliés et à constituer un exécutif cohérent avec les ambitions affichées pendant la campagne.
Le Maroc entre dans une nouvelle séquence politique. Pour les Marocains établis à l'étranger, qui suivent de près les décisions sur les droits consulaires, les retraites, le code de la famille et les transferts financiers, les premières décisions du gouvernement El Mansouri seront un signal fort — ou non — sur la place que la diaspora occupera dans les priorités du prochain quinquennat.
Sources : Le 360, Le Matin.ma, Le Desk, LeBrief.ma