Ecrit Par Maglor — Avec 5,56 millions d'habitants au 1er janvier 2023, soit 8,2 % de la population française, le Grand Est est la sixième région la plus peuplée du pays. Mais, selon une analyse publiée par l'Insee le 18 décembre 2025, cette population est stable depuis 2012 : la région gagne en attractivité résidentielle sans que cela se traduise par une croissance démographique.
Un solde migratoire redevenu positif
Entre 2017 et 2023, la population a progressé en moyenne de 2 300 habitants par an, soit une croissance quasi nulle. Après avoir longtemps enregistré un déficit migratoire, la région affiche depuis 2017 un excédent d'environ 4 200 personnes par an : davantage de personnes s'y installent qu'elles n'en partent.
Cet apport est cependant compensé par un solde naturel négatif, d'environ 1 900 personnes par an, c'est-à-dire plus de décès que de naissances. Le vieillissement de la population explique en grande partie ce phénomène, qui touche de nombreux territoires de l'Est de la France.
Le Bas-Rhin en locomotive
Le Bas-Rhin est le département le plus dynamique, avec une croissance de 0,6 % par an sur la période, portée à la fois par le solde naturel (+0,2 %) et par les arrivées (+0,4 %). Strasbourg et Metz ont gagné des habitants, tandis que Reims et Mulhouse en ont perdu. Trois communes sur cinq de la région ont vu leur population diminuer entre 2017 et 2023.
Les zones frontalières, notamment à proximité du Luxembourg, attirent de plus en plus de résidents, en raison des emplois transfrontaliers et des salaires plus élevés.
Ce que cela signifie pour les territoires
Cette stabilité masque des trajectoires très contrastées. Les grandes agglomérations et les territoires frontaliers concentrent la dynamique, alors que de nombreuses petites communes se vident. Pour les collectivités, l'enjeu est de maintenir les services publics, les écoles, l'offre de santé et les transports là où la population décroît, tout en répondant à la pression sur le logement là où elle croît.
Un enjeu pour la communauté maghrébine
Le Grand Est abrite de longue date une communauté d'origine maghrébine, installée dans les bassins industriels de Lorraine, à Strasbourg, à Mulhouse ou à Metz. Dans une région dont le solde naturel est négatif, le renouvellement par l'arrivée de nouveaux habitants et l'activité des entrepreneurs, des salariés et des étudiants issus de cette communauté jouent un rôle économique et social que les statistiques ne mesurent pas toujours.
La question de l'emploi, du logement et de la reconnaissance des parcours se pose donc à l'échelle régionale : une région qui peine à croître a intérêt à faciliter l'installation et l'intégration de ceux qui choisissent d'y vivre et d'y travailler.
Les prochaines étapes
L'Insee souligne que l'attractivité retrouvée ne suffit pas, à elle seule, à inverser la tendance. Les politiques d'accueil, de formation et d'emploi seront déterminantes pour que la région transforme cet attrait en dynamisme durable. Les prochains recensements permettront de vérifier si la tendance observée entre 2017 et 2023 se confirme.