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Tribune : le Maghreb, de la pénurie à l'abondance, une leçon d'humilité climatique

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Il y a un an à peine, les images de barrages marocains à sec, de restrictions d'eau potable et de cultures sacrifiées faisaient figure de symbole d'une région en première ligne du dérèglement climatique. Aujourd'hui, les mêmes retenues affichent des taux de remplissage qui dépassent parfois les trois quarts de leur capacité. Ce grand écart, en l'espace de quelques mois seulement, mérite plus qu'un simple constat météorologique : il pose une question de fond sur la manière dont le Maghreb pense et gère sa ressource en eau.

Une variabilité qui devient la norme

Le basculement d'une sécheresse pluriannuelle à une abondance soudaine n'est pas un accident isolé. C'est la signature même du changement climatique en zone méditerranéenne et sahélienne : des épisodes plus rares mais plus intenses, une alternance de plus en plus brutale entre pénurie et excédent. Or les infrastructures, les politiques agricoles et les habitudes de consommation restent, dans une large mesure, calibrées pour un climat plus stable qu'il ne l'est réellement devenu.

Le risque de l'oubli

Le danger, une fois la pluie revenue, est celui du relâchement collectif. Une bonne année hydrique ne doit pas effacer d'un trait les efforts de sobriété engagés durant la crise : réutilisation des eaux usées traitées, dessalement, tarification incitative, modernisation des réseaux d'irrigation. Ces chantiers structurels, engagés dans l'urgence par nécessité, doivent au contraire s'inscrire dans la durée, car la prochaine sécheresse — et elle viendra — ne préviendra pas.

Une responsabilité qui dépasse les frontières

Cette question hydrique ne concerne pas le seul Maroc. L'Algérie et la Tunisie font face à des défis similaires, avec des ressources en eau par habitant parmi les plus faibles au monde. Une véritable coopération régionale sur la gestion des bassins partagés, des technologies de dessalement ou des pratiques agricoles économes en eau reste largement à construire, alors que les frontières politiques continuent trop souvent de l'emporter sur les logiques hydrographiques et climatiques communes.

De la gestion de crise à la culture du risque

Le vrai test pour les pays du Maghreb ne sera pas leur capacité à se réjouir d'une bonne pluviométrie, mais leur aptitude à transformer une gestion de crise ponctuelle en une véritable culture du risque climatique, intégrée aux politiques publiques sur le long terme plutôt que réactivée à chaque alerte. Cela suppose des budgets pérennes pour l'entretien des infrastructures hydrauliques, une planification agricole qui intègre structurellement la variabilité plutôt que de la subir, et une communication publique qui évite aussi bien le catastrophisme permanent que l'oubli dès la première pluie.

L'abondance d'aujourd'hui n'efface pas la vulnérabilité structurelle de demain : elle offre seulement, et c'est déjà beaucoup, une fenêtre pour s'y préparer sérieusement.

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