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Les vacances au bled : entre attachement identitaire et réalité économique Par Aziz SAIDI

Chaque été, des centaines de milliers de Marocains résidant à l’étranger entreprennent le voyage vers leur pays d’origine. Bien plus qu’un simple séjour touristique, ce retour au « bled » représente un rendez-vous avec la mémoire, la famille, les traditions et les racines. Pourtant, derrière les images de retrouvailles chaleureuses et les plages ensoleillées se cache une réalité plus complexe : celle d’un coût financier considérable, souvent sous-estimé, qui pèse lourdement sur les ménages immigrés.

Pour une famille marocaine composée de deux adultes et de deux enfants vivant en Europe, le seul transport peut représenter une dépense comprise entre 1 500 et 3 000 euros selon la période, le moyen de transport et le pays de résidence. Les traversées maritimes en haute saison, les billets d’avion, les péages, le carburant ou encore les frais de bagages constituent un premier poste budgétaire particulièrement élevé.

Une fois arrivés au Maroc, les dépenses se multiplient. Les prix des locations saisonnières connaissent, dans de nombreuses villes touristiques, une inflation spectaculaire durant l’été. Un appartement loué 500 dirhams par nuit hors saison peut facilement atteindre 1 200 à 2 000 dirhams en juillet et août. Les restaurants, les cafés, les loisirs, les sorties familiales et les achats alimentaires suivent souvent la même tendance. Les produits de consommation courante, les fruits de mer, les viandes ou encore les boissons affichent des tarifs qui surprennent parfois ceux qui reviennent chaque année.

À ces dépenses s’ajoute une dimension culturelle profondément ancrée. Le retour au pays est souvent accompagné d’obligations sociales : offrir des cadeaux à la famille, participer aux célébrations, aider financièrement certains proches, contribuer aux dépenses familiales ou répondre aux nombreuses invitations. Refuser est parfois perçu comme un manque de générosité, alors même que beaucoup de familles immigrées vivent avec un budget soigneusement planifié durant toute l’année.

Prenons un exemple représentatif. Une famille disposant d’un revenu mensuel net de 3 500 euros peut consacrer près de 7 000 euros à un séjour estival de trois semaines :

* Transport : 2 200 €
* Hébergement : 1 800 €
* Restauration et alimentation : 1 200 €
* Carburant et déplacements : 500 €
* Cadeaux et aides familiales : 900 €
* Loisirs et imprévus : 400 €

Ce montant représente environ deux mois de revenus nets, sans compter les dépenses habituelles qui continuent de courir dans le pays de résidence : loyer ou crédit immobilier, assurances, abonnements, électricité, téléphone ou remboursement de prêts.

Puis vient le retour. Après les embrassades et la nostalgie des derniers instants, la réalité reprend rapidement ses droits. Septembre marque la rentrée scolaire avec son lot d’achats : fournitures, vêtements, équipements informatiques, cantine et activités périscolaires. Selon les pays européens, ces dépenses peuvent atteindre entre 500 et 1 500 euros pour une famille avec deux enfants.

Les factures estivales arrivent également : consommation énergétique, échéances bancaires, assurances, régularisations diverses. À cela s’ajoutent parfois les impôts sur le revenu, les taxes foncières, les cotisations locales ou encore les remboursements différés effectués avec une carte bancaire durant les vacances.

Ainsi, ce qui devait être un temps de repos peut parfois laisser place à plusieurs mois d’efforts financiers pour retrouver un équilibre budgétaire. Beaucoup de familles reconnaissent devoir réduire leurs dépenses jusqu’à la fin de l’année afin de compenser le coût des vacances.

Cette situation soulève une réflexion plus profonde. Les Marocains résidant à l’étranger ne retournent pas seulement dans un pays ; ils reviennent vers une partie d’eux-mêmes. Ils souhaitent transmettre à leurs enfants une langue, une culture, des valeurs et un sentiment d’appartenance. Ce patrimoine immatériel n’a pas de prix. Pourtant, le préserver exige aujourd’hui un investissement financier de plus en plus important.

Il serait souhaitable que les différents acteurs économiques prennent davantage en considération cette réalité. Des politiques tarifaires plus équilibrées durant la haute saison, une meilleure maîtrise de la spéculation sur les locations saisonnières, ainsi qu’un développement de services adaptés aux familles de la diaspora pourraient contribuer à rendre ce retour plus accessible.

En définitive, les vacances au bled illustrent le paradoxe de l’immigration : elles sont à la fois une source de bonheur intense et un défi économique majeur. Elles rappellent que les liens familiaux et culturels constituent une richesse inestimable, mais que leur entretien a un coût croissant. L’attachement au pays d’origine ne se mesure ni en dirhams ni en euros ; il se mesure dans les sacrifices consentis année après année pour continuer à faire vivre ce lien entre deux rives, deux cultures et deux patries de cœur.

🤲 *Invocation*

Ô Allah, Seigneur des cieux et de la terre,
Fais régner l’amour et la sincérité au sein de leurs familles. Préserve-les des regards envieux, des abus, des injustices et des attentes excessives. Que leurs retrouvailles soient fondées sur l’affection, la miséricorde et le respect, plutôt que sur les apparences ou les intérêts matériels.

Amine

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