Les délits de grivèleries en hausse en Tunisie

De plus en plus de restaurateurs et d’hôteliers en Tunisie se plaignent d’un phénomène peu courant mais qui a explosé depuis une dizaine d’années. Des clients viennent s’attabler dans des établissements chics de la capitale, commandent un repas copieux puis trouvent le moyen de gruger le serveur pour ne pas régler la douloureuse. Appelé « délit de grivèlerie » ou filouterie, cette pratique, d’ordinaire associée aux personnes de conditions modestes, est devenue monnaie courante chez des gens de la haute société. Comment en est-t-on arrivé là ? Tunis Webdo y répond.

(TunisWebdo) - Dans le célèbre film « Les temps modernes » (1936) de Charlie Chaplin, Charlot, un vagabond solitaire sans le sou, rentre dans un self-service et remplit deux grands plateaux à ras bord. Après s’être rassasié, il jette un coup d’œil à l’addition et hausse les épaules avec dédain.

En se rendant à la caisse, il aperçoit un agent de police en faction devant le restaurant et lui fait signe de venir. Au moment de régler sa note, Charlot affirme qu’il n’a pas d’argent et demande au policier de payer à sa place. Ce dernier refuse, naturellement, et embarque notre héros, direction la prison.

Cette scène, devenue culte, illustre à merveille ce fameux délit qui fait des siennes en ce moment dans les établissements huppés du pays. Au même titre que les braquages ou la mendicité, la filouterie est en train de prendre une dimension culturelle. Ainsi, certaines personnes malhonnêtes utilisent la méthode du « pourboire alléchant » pour rouler dans la farine des serveurs naïfs.

En effet, au moment de payer l’addition, qui tourne généralement autour de 100 à 300 dinars, ces clients règlent la note avec un chèque et laissent un très généreux pourboire au serveur (environ 20 à 30 dinars) afin que ce dernier ne leur réclame pas une pièce d’identité. Au moment de l’encaissement, les propriétaires de restaurant se rendent compte que le chèque est en bois. De ce fait et bien que la loi l’interdit, beaucoup de restaurants à La Goulette n’acceptent plus le règlement par chèque et le font savoir à leur « aimable clientèle ».

Houcine Jelassi, gérant d’un restaurant au cœur de la capitale, nous explique le mode opérationnel de ces escrocs : « La filouterie ne date pas d’hier, mais elle a explosé depuis la Révolution. Beaucoup profitent des moments de relâchement du serveur pour filer en douce en demandant où sont les toilettes.

Certains posent un acompte de 20 dinars sur la table en informant le serveur qu’ils vont aller retirer de l’argent mais ne reviennent jamais. Ce qui est assez intriguant, c’est qu’on parle de gens qui ont les moyens de payer mais qui préfèrent jouer les escrocs. Sans compter que lorsqu’ils se font arrêter par la police, ils s’engagent à payer la somme en signant un bout de papier mais, au final, ne paient pas. La non-application de la loi encourage ce genre de pratique ».

Travaillant également dans l’hôtellerie, M. Jelassi affirme que même les touristes sont concernés par ce fléau : « Un groupe de touristes italiens est venu dîner un soir dans un des hôtels de Hammamet. À la fin du repas, l’un d’eux a demandé de mettre l’addition sur le compte de telle chambre. Aucun d’eux ne faisait partie de l’hôtel ! C’est triste… »

Il est évident que le manque de fermeté de nos représentants de la loi et la traditionnelle complaisance des Tunisiens tentent fortement des clients de tout âge et de tout genre à commettre ce genre de délit. Punissable par une amende allant de 300 à 500 dinars avec obligation de régler le montant dû à l’établissement, la filouterie peut conduire le prévenu à un an de prison ferme en cas de récidive.

Malheureusement et c’est de là d’où vient tout le mal, les sanctions ne sont jamais, véritablement, appliquées…