Tunisie : le rite stambali pendant le Ramadan

En Tunisie, les ruptures du jeûne en période de ramadan sont souvent l’occasion de soirées stambali. Le stambali est un rite traditionnel mélangeant danse, musique et chants. Mais qui tend à disparaître.

Ce rite, parfois qualifié de «possession», «a été importé en Tunisie par les esclaves noirs venus d’Afrique subsaharienne», rappelle RFI. Petite précision: les Noirs représenteraient aujourd’hui «quelque 15% des 11 millions de Tunisiens», selon Géopolis. Un sujet souvent tabou dans le pays.

Ceux qui pratiquent le stambali (terme dont on ignore l’origine) sont apparemment proches des Gnaouas, population noire du Maroc. Leur chant est «fortement imprégné de croyances ancestrales où se mêlent exorcisme, transe, possession et résurgences vaudoues». Il est accompagné par une musique aux rythmes variés. L’orchestre est composé d’un joueur de guembri, guitare africaine à trois cordes, accompagné de shkasheks, castagnettes métalliques, et d’un tambourin en terre cuite.

La danse, pendant laquelle les participants peuvent se mettre en transe, est menée par un arifa (musicien guérisseur).

«Pendant longtemps, les confréries stambali étaient dépendantes d'un fonctionnaire (Bach-agha) du palais beylical de Tunis qui supervisait leurs activités et fêtes, particulièrement celle du Bouc, pendant laquelle un hommage est rendu à leur saint patron Sidi Saad Echouchane à son mausolée dans la plaine de Mornag, au sud de Tunis.»

 

Aujourd’hui, la pratique traditionnelle «tend à disparaître au profit d'un stambali moins spirituel, plus folklorique, qui se tient non plus dans les zaouias (mausolées de saints musulmans) mais dans des salles de spectacles», rapporte RFI.

En savoir plus: 

Le stambali ou stambeli est un rite de possession musico-thérapeutique implanté en Tunisie par des populations venues d'Afrique subsaharienne. Il mêle musique, danses et chants durant lequel certains participants entrent en transe et incarnent des entités surnaturelles. Le terme désigne plus généralement la série de pratiques, dont le stambali constitue la dernière étape, à vocation curative ou de conjuration du mauvais œil. Il regroupe des éléments d'origine africaine et maghrébine.

Sadok Rezgui décrit ce rite comme une « sorte de fête à laquelle se livrent des noirs tunisiens et où se mêlent danse et sons instrumentaux à un rythme effréné »1. Certaines hypothèses le rapprochent du vaudou haïtien ou du candomblé brésilien.

Un phénomène similaire est connu au Maroc (gnaouas), en Algérie (diwan) et en Libye (makeli).

Mustapha Chelbi présente une cérémonie de la façon suivante :

« Le stambali se déroule dans une ambiance tendue, à tel point que la grosse femme qui avait tout à l'heure de la peine à bouger, à marcher, se trouve curieusement légère lorsqu'elle est prise par le besoin de danser. Elle se couvre le visage avec un grand foulard et se bascule en avant et en arrière jusqu'à perdre connaissance. Une autre la remplace et c'est la contagion, l'orchestre joue encore plus fort et ne s'arrête que lorsqu'une aïeule se présente et danse jusqu'à s'évanouir aux grands cris de la famille... On lui met une clé dans la main... Elle retrouve ses esprits, on l'embrasse, car elle a vécu quelque chose d'essentiel et tout redevient calme. »